Un chalet isolé de la province de Barcelone rejoint tardivement l’œuvre de Gaudí

Ce chalet ouvrier dans la neige catalane serait signé Gaudí ? Le gouvernement régional catalan a tranché. En février dernier, il a officialisé l’attribution du Xalet del Catllaràs (Pobla de Lillet) à l’architecte, au terme d’une expertise confiée à Galdric Santana, directeur de la Càtedra Gaudí de l’Universitat Politècnica de Catalunya (UPC).

Le bâtiment a été édifié entre 1901 et 1908 à la demande d’Eusebi Güell pour loger les ingénieurs des mines de charbon du Catllaràs, qui alimentent l’usine Asland du Clot del Moro, dans une région alors en phase d’industrialisation. Gaudí travaille simultanément pour Güell au parc et à la Colònia Güell. Le projet, de portée limitée, est vraisemblablement conçu par lui sans suivi de chantier et exécuté par un collaborateur ; Juli Batllevell étant avancé sans certitude. L’édifice accueille d’abord des techniciens britanniques, puis est reconverti en maison de colonies, demeurant inscrit dans la mémoire locale.

L’hypothèse « gaudienne », née en 1946 dans un article publié dans Cortijos y Rascacielos, repose sur le seul lien avec Eusebi Güell. La signalétique touristique la reprend sans convaincre les historiens du modernisme. Le bâtiment présente des volumes compacts, une toiture abrupte adaptée à la neige et une ornementation réduite. Aucun plan signé n’est conservé, aucune mention explicite n’apparaît dans les archives publiques. L’hypothèse d’un auteur issu du cercle Güell s’impose durablement.

Photographie ancienne du Xalet del Catllaràs conçu par Gaudi © Gouvernement de Catalogne

Photographie ancienne du Xalet del Catllaràs conçu par Gaudi.

© Gouvernement de Catalogne

L’étude engagée en 2023 par la Direction générale du patrimoine modifie cet état des lieux. Menée sur deux ans, elle repose sur des relevés tridimensionnels, des modélisations et l’exploitation des archives de l’usine Asland et de celles d’Eusebi Güell. Le rapport conclut à des correspondances mesurables. L’arc principal suit une courbe caténaire avec un écart de l’ordre de 0,3 %, comparable à celles mises en œuvre par Gaudí, notamment à la crypte de la Colònia Güell. Le Xalet del Catllaràs se distingue cependant des réalisations emblématiques de Gaudi par son volume resserré, sa toiture climatique et son absence quasi totale d’ornement.

Le programme explique ces choix. Il s’agit d’un logement pour ingénieurs, construit dans un contexte industriel, avec des moyens limités et sans présence continue de l’architecte. Le chantier a été ajusté par les exécutants. L’arc funiculaire central, qui porte deux niveaux, constitue l’élément déterminant. Le plan triangulaire et les circulations à 45 degrés organisent l’espace selon une logique d’économie et d’efficacité. Les superpositions 3D avec des œuvres datées de 1900 à 1908 confirment la cohérence de ces dispositifs.

L’attribution a mis au jour un aspect moins visible de l’œuvre. Gaudí adapte ici ses recherches à un édifice utilitaire, sans développement formel. Elle confirme aussi un déplacement des critères d’authentification, désormais fondés sur la mesure et la modélisation autant que sur les sources documentaires.