Paris. Des prisons aux camps de concentration, Nicolas Daubanes (né en 1983) évoque dans ses sculptures, dessins ou photographies les strates temporelles d’événements traumatiques du passé. Au Panthéon sont exposées des œuvres grand format relatives au camp du Struthof (Bas-Rhin), au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine) et à la prison de Montluc (Rhône), « lieux d’enfermement » qui intéressent l’artiste. Le long des colonnes, les grands dessins à la poudre de fer invitent les questions mémorielles dans « un espace théâtral avec un décor et un récit ». Élaborés à partir de résidences artistiques effectuées dans de hauts lieux de mémoire en France, les dessins abordent le récit par l’ellipse, en ne montrant qu’un mirador dans la forêt du Struthof par exemple, sans représenter les prisonniers. Outre la poudre de fer aimantée qu’il déverse sur les supports pour créer du relief, Daubanes use des découpes laser pour donner l’illusion de la profondeur, comme un décor de théâtre en trompe-l’œil. Les échafaudages qui soutiennent les œuvres renforcent cet aspect, notamment dans l’œuvre en quatre parties qui présente la coursive centrale de la prison de Montluc à l’échelle 1 : cette prison où furent enfermés Jean Moulin puis Klaus Barbie révèle toute sa brutalité.
Le Panthéon accueille depuis plusieurs années en son sein des œuvres d’art contemporain, ainsi de la commande passée à Anselm Kiefer, mais plus rarement des expositions temporaires. Ici les œuvres de Nicolas Daubanes font sentir « une mémoire vivante dans un lieu où pèse le poids de la mémoire » comme le souligne Marie Lavandier, présidente du Centre des monuments nationaux. En contraste avec les couleurs chaudes des fresques et tableaux qui ornent le monument, les œuvres en noir, blanc et gris prennent une valeur d’archive légèrement anachronique.
Dans le parcours permanent du Musée de l’Armée
Invité également au Musée de l’Armée, Nicolas Daubanes se réfère tout autant à l’histoire, à travers une vingtaine d’œuvres disséminées dans le parcours consacré à la IIIe République (1871-1940) et à la Seconde Guerre mondiale. Des peintures sur verre à la rouille évoquant le bagne de Guyane, des dessins à la poudre de fer représentant le camp des Milles à Aix-en-Provence (camp d’internement utilisé par le régime de Pétain), des plaques de porcelaine émaillées reproduisant des extraits de l’interrogatoire de Jean Moulin : autant d’œuvres qui complètent les documents du parcours permanent et sont issues d’une longue résidence d’artiste au musée même.
Si le regard se fait plus sensible dans ces formats moins impressionnants qu’au Panthéon, les thèmes restent ceux de la privation de liberté, de la guerre et de la mémoire collective. Les œuvres évoquent plus qu’elles n’illustrent, par contraste avec les photos d’archives et extraits de films présentés dans le parcours, dont certains montrent la violence des combats. Il n’est cependant pas toujours aisé de trouver les œuvres de Daubanes dans le parcours permanent, actuellement en rénovation, d’autant que l’éclairage y est hasardeux. Les cartels couleur argent les signalent et donnent des éléments de contexte, mais les visiteurs s’y attarderont-ils quand le parcours permanent est en lui-même très dense ?
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