Le marché de l’art a repris des couleurs en 2025

Monde. En 2025, selon le rapport Art Basel/UBS publié le 12 mars dernier, le marché mondial de l’art et des antiquités a renoué avec la croissance, mais il l’a fait sans euphorie. Les ventes ont progressé de 4 % pour atteindre 59,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires après deux années de recul. Le redressement est réel mais le marché reste en dessous de son pic de 2022. L’amélioration ne vient ni d’un élargissement de la base d’acheteurs ni d’un réveil des segments, mais d’un retour de la liquidité sur les œuvres chères au second semestre, dans un contexte où les transactions totales en volume n’augmentent que de 2 %, pour s’élever à 41,5 millions .

Cette reprise est d’abord celle des enchères. Les ventes publiques progressent de 9 % pour atteindre 20,7 milliards de dollars (1) quand le secteur des galeries ne croît que de 2 % (34,8 Md$), tandis que les ventes privées des sociétés d’enchères reculent de 5 % (4,2 Md$). Lorsque la confiance des vendeurs revient, ceux-ci privilégient les ventes publiques, où les adjudications peuvent être poussées au-delà des estimations. En 2025, le marché des enchères a ainsi été porté par plusieurs grandes dispersions de collections dont la collection Leonard A. Lauder chez Sotheby’s New York, en novembre, qui a totalisé 527,5 millions de dollars. Le phénomène est très concentré : la valeur des lots de « fine art » adjugés au-dessus de 1 million de dollars augmente de 21 %, celle des lots au-dessus de 10 millions de dollars de 30 %, tandis que le bas du marché, sous 50 000 dollars, recule encore de 2 % en valeur comme en volume.

États-Unis, Royaume-Uni et Chine toujours dominants

La géographie de cette embellie confirme, elle aussi, la structure oligopolistique du marché. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine représentent encore 76 % des ventes mondiales. Les États-Unis demeurent de loin la première place avec 44 % du marché mondial et 26 milliards de dollars de ventes, en hausse de 5 %. Le Royaume-Uni conserve le deuxième rang avec 10,5 milliards de dollars, en progression limitée de 2 %. La Chine suit avec 8,5 milliards, soit une quasi-stagnation.

Le moteur principal est clairement américain. C’est aux États-Unis que le haut de gamme a redémarré avec le plus de vigueur, alors même que l’année a été marquée par l’imprévisibilité de la politique commerciale de Donald Trump et par la multiplication des tarifs douaniers. Pourtant, cette instabilité n’a pas empêché New York de redevenir le principal théâtre des adjudications spectaculaires. Les importations américaines d’art et d’antiquités ont même progressé de 13 %, à 9,9 milliards de dollars, signe que les opérateurs ont absorbé une partie du choc.

Le Royaume-Uni offre un profil très différent. Le marché britannique progresse, mais modestement : + 2 %, à 10,5 milliards de dollars. Londres a bénéficié du rebond des enchères, mais les galeries et les ventes privées sont restées plus atones, en conséquence la croissance globale a plafonné. Surtout, le Royaume-Uni demeure en dessous de son niveau de 2019. La Chine, elle, n’est plus dans la dynamique expansive de sa décennie 2010. En 2025, les ventes y progressent d’à peine plus que 1 %, à 8,5 milliards de dollars. Le rapport souligne une double vitesse : la Chine continentale, plus domestique, s’améliore ; Hongkong, plus internationalisée, se contracte. La demande demeure présente sur les œuvres exceptionnelles, mais les segments intermédiaires et inférieurs souffrent d’un climat de prudence lié à la crise immobilière prolongée et aux inquiétudes sur l’emploi.

Contrairement à ce qu’on a pu lire, la France a fait une bonne année. Avec 4,5 milliards de dollars de ventes, en hausse de 9 %, elle conforte sa place de 4e sur le marché mondial et de 1re place de l’Union européenne (5e en Europe derrière le Royaume-Uni). Elle repasse légèrement au-dessus de son niveau de 2019. Ce chiffre est important, car il distingue Paris d’autres marchés européens restés en retrait ou en ralentissement. Elle s’inscrit dans une séquence où Paris continue de capter une partie des redéploiements du marché international, dans le sillage du renforcement de son tissu de fondations, de l’installation de grandes enseignes internationales et de l’effet Art Basel Paris. Après une progression de 6 % en 2025, les galeries français figurent même parmi les plus optimistes pour 2026 en Europe, 46 % d’entre elles anticipant une amélioration de leurs ventes. Pour autant, elles subissent une pression sur leurs marges dues à une hausse des coûts opérationnels de 5 % en moyenne, incluant une explosion des frais de logistique (+ 10 %) et des frais d’exposition en foire (+ 9 %). Mais la croissance en France a été tirée par les ventes publiques (+ 9 %) illustrée par l’enchère à 32 millions d’euros pour le Buste de femme aux chapeau à fleurs (1943, [voir ill.]), de Picasso (Lucien Paris).

Attrait pour les valeurs sûres

Selon le rapport, dans le monde, les acheteurs fortunés ont recherché en 2025 non pas la nouveauté spéculative, mais la qualité historique et la rareté. Sur le marché des enchères, l’art moderne redevient le deuxième secteur, avec 24 % de part de marché et 2,4 milliards de dollars de ventes, en hausse de 9 % après trois années de recul. Plus spectaculaire encore, le secteur impressionniste et postimpressionniste gagne 47 %, à 1,8 milliard de dollars, aidé par plusieurs ventes exceptionnelles, dont le Gustav Klimt (Portrait d’Elisabeth Lederer, 1914-1916, [voir ill.], parti à 236,3 millions de dollars chez Sotheby’s New York) de la collection Lauder. Quant aux maîtres anciens, ils progressent de 30 % pour frôler 1,2 milliard de dollars. L’art d’après guerre et contemporain reste cependant le premier secteur des enchères en valeur, mais sa domination s’érode. Sa part tombe à 45 % et ses ventes reculent encore de 2 %, à 4,5 milliards de dollars, soit une quatrième année consécutive de baisse depuis le pic de 2021.

Que faut-il attendre de 2026 ? Le rapport invite à un optimisme relatif. Les galeries apparaissent plus confiantes qu’à la fin de 2024. Du côté des maisons de ventes de milieu de gamme, 48 % prévoient une amélioration de leurs ventes en 2026, contre seulement 15 % un an plus tôt ; la proportion monte à 63 % pour celles qui dépassent 10 millions de dollars de chiffre d’affaires. Une perspective vraisemblable pour 2026 est donc celle d’un marché porteur, mais toujours polarisé. Tant que les grandes fortunes restent liquides, que les marchés financiers ne décrochent pas brutalement et que l’offre de chefs-d’œuvre demeure suffisante, le segment supérieur peut continuer de soutenir le marché. Tant que…, car le rapport a été rédigé avant la guerre en Iran.

(1) La conversion en euros étant approximative compte tenu de l’échelle du temps, les montants resteront en dollars dans l’article.

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