L’architecte Patrick Rubin, militant de la réversibilité

Drapé d’un ample manteau bleu marine, souliers noirs en nubuck aux pieds, le visage mangé par une belle barbe blanche, Patrick Rubin promène sa longue silhouette sur le chantier, au milieu d’une armada de collaborateurs en veste orange fluo et bottes crottées. L’architecte dandy, cofondateur de l’agence Canal Architecture, vient à notre rencontre d’un pas chaloupé, un doux sourire en guise de bienvenue, un éclat malicieux dans l’œil.

Nous sommes à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), sur le site de l’ancien siège du centre d’information routière de Bison futé. Le bâtiment, drôle de construction en forme d’arc de cercle dont la structure en béton bardée de brique et les vitres réfléchissantes signent les années 1980 qui l’ont vu naître, a été préservé. Mais il est en passe de doubler en surface pour accueillir une résidence de 169 logements à destination d’une population, malienne d’origine en majorité, qui vit actuellement dans un foyer pour travailleurs vétuste et mal entretenu.

La visite commence par un éloge de l’ouvrage de départ et de ses concepteurs, Ludwik Peretz (1923-2022) et Gilbert Delecourt, « des architectes qu’on sent cultivés, inspirés par Arne Jacobsen, Louis Kahn… » Plutôt que de construire une annexe, comme le préconisait le concours, Patrick Rubin a préféré prolonger leur geste et « épouser » l’immeuble : doubler son épaisseur, percer un vide en son centre pour créer un jardin et faire entrer la lumière, et superposer à ce nouveau socle une structure en bois à même d’accueillir 98 logements fabriqués hors site.

Il vous reste 80.78% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/01/31/l-architecte-patrick-rubin-militant-de-la-reversibilite_6664930_3246.html