Etageres avec des boites de lait infantiles des laboratoires Guigoz (Nestlé) au rayon bébé de la grande pharmacie des Halles, à Paris, le 23 janvier 2026. (Photo by Valérie Dubois / Hans Lucas via AFP) VALERIE DUBOIS / HANS LUCAS VIA AFP
Et si Nestlé avait été informé de la présence de toxine dans ses laits infantiles bien avant de faire ses premiers rappels ? Selon les informations du quotidien « Le Monde », révélées ce vendredi 30 janvier, l’industriel a appris fin novembre 2025 la présence de toxine céréulide dans ses laits pour bébés produits aux Pays-Bas et a pourtant choisi d’attendre une « analyse de risque santé » avant d’en informer les autorités européennes le 10 décembre. Date de la première séquence de rappels de laits dans plusieurs pays.
Ce délai d’une dizaine de jours entre la première détection et les premiers rappels interroge, alors même que plusieurs bébés ayant consommé des laits infantiles sont tombés malades et que deux autres sont même décédés.
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Si le lien entre les complications de santé des nourrissons et la consommation des laits, potentiellement contaminés par la toxine céréulide, n’est pas établi « à ce stade » a rappelé le ministère de l’Agriculture, la gestion de la crise par les autorités et les industriels est pointée du doigt par les familles. Certaines, accompagnées par l’association de consommateurs Foodwatch ont d’ailleurs porté plainte contre X au tribunal judiciaire de Paris, jeudi 29 janvier. « Le Nouvel Obs » revient cette chronologie qui jette un flou supplémentaire dans l’affaire des laits infantiles contaminés.
• La présence de toxine identifiée dès novembre
Selon « Le Monde », la présence d’une toxine dans des produits de Nestlé, issus des Pays-Bas, avait été identifiée dix jours avant les premiers rappels, dès la fin de novembre.
« Les résultats des premiers prélèvements effectués par l’opérateur ont été reçus entre fin novembre et début décembre », a indiqué le ministère de la santé italien, cité par « Le Monde ». En tant que pays importateur de laits infantiles Nestlé, provenant des Pays-Bas, l’Italie a reçu à la fin novembre des résultats d’autocontrôle de la part de l’industriel, qui attestaient de cette présence.
Nestlé a confirmé cette chronologie auprès du « Monde » et dans un communiqué publié jeudi : « À la fin du mois de novembre 2025, à la suite de contrôles de routine après l’installation de nouveaux équipements sur une ligne de production dans notre usine aux Pays-Bas, nous avons détecté de très faibles niveaux de céréulide dans des échantillons de produits. »
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Le groupe Nestlé assure avoir à ce moment-là « immédiatement bloqué la production » et lancé « des analyses plus approfondies en laboratoire », dont les résultats reçus début décembre ont confirmé la présence « d’infimes quantités de céréulide » dans les laits.
• Les premiers rappels à partir du 10 décembre
Ce n’est pourtant qu’une dizaine de jours après que Nestlé a décidé d’en informer les autorités néerlandaises et européennes et procédé aux premiers rappels. « Le 10 décembre 2025, nous avons informé les autorités aux Pays-Bas (où se situe l’usine) ainsi que celles de tous les pays potentiellement concernés ainsi que la Commission Européenne », écrit dans un communiqué le groupe agro-alimentaire.
« Le même jour, par mesure de précaution, nous avons initié le rappel volontaire de tous les lots de produits (25 au total) dans 16 pays en Europe », poursuit Nestlé. S’est ensuite poursuivie en France une série de rappels échelonnés entre le 11 décembre et le 27 janvier.
• Pourquoi un tel délai ?
D’après « Le Monde », le groupe suisse a décidé d’attendre le début du mois de décembre, le temps que ses experts puissent faire « une analyse de risque de santé – c’est-à-dire comprendre les symptômes et conséquences liés à la consommation de produits qui en contiennent pour la partager avec les autorités compétentes ». Nestlé a rappelé qu’il n’y avait pas « de réglementation fixant une limite maximale pour la céréulide ».
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La toxine céréulide, produite par certaines bactéries Bacillus cereus, ne fait en effet aujourd’hui pas l’objet de seuil réglementaire, mais certains de ses effets sur la santé sont déjà identifiés. « Le céréulide peut provoquer des nausées soudaines, des vomissements et des douleurs d’estomac », indique par exemple l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments.
Une justification qui passe mal auprès de la directrice de l’information Indrig Krag, qui explique au « Monde » que « la réglementation européenne d’être très claire sur le fait qu’il est interdit de commercialiser des produits s’ils exposent la santé des enfants », qu’il y ait ou non une norme sur le céréulide.
La Commission européenne a mandaté l’EFSA afin que l’instance établisse une norme sur la céréulide dans les produits pour enfants, d’ici le 2 février.
• Un autre conflit de calendrier
« Le Monde » rapporte que selon une source haut placée « l’origine de la contamination, l’huile enrichie en ARA, était connue par Nestlé à la date du 10 décembre et alors transmise aux autorités européennes ».
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Une information que le géant suisse dément. En effet, l’industriel explique avoir poursuivi les investigations après les premiers rappels, et que les résultats d’analyse initiaux ont confirmé le 23 décembre que « la source de contamination provenait du mélange d’huile utilisé par plusieurs de nos usines », à savoir l’huile arachidonique (ARA).
Nestlé dit avoir alors suspendu « immédiatement » l’utilisation des mélanges de cette huile et en a informé son fournisseur le 29 décembre, six jours après la détection. Le fabricant d’ARA est en fait l’entreprise chinoise Cabio Biotech, qui approvisionne de nombreux fabricants de laits dans le monde.
C’est ensuite le 2 janvier que Nestlé dit avoir « commencé à informer les autorités des différents pays concernés ». Le ministère français de l’agriculture est alerté le 5 janvier par le groupe suisse de la contamination d’un lot d’huile. Selon « Le Monde », Nestlé a indiqué que « la contamination d’autres lots de matière première issus du même fournisseur n’est connue que plus tardivement », de quoi justifier l’échelonnement des prochains rappels.
Cet article a été publié en premier sur https://www.nouvelobs.com/societe/20260130.OBS111986/laits-infantiles-contamines-nestle-admet-le-delai-de-rappel-et-pointe-l-absence-de-reglementation.html