
L’histoire de Roseline n’est pas celle d’une reconversion professionnelle tardive, mais celle d’un retour vers ce pays qu’est l’enfance. Elle est née à Papeete, ville capitale des confettis de France en Polynésie. Mais le destin des siens est un mouvement perpétuel. Pour sa famille, tout a commencé dans les premières années du XXe siècle, lorsque ses arrière-grands-parents, « des Chinois d’origine Hakka », quittèrent les rivages de Canton pour fournir de la main-d’œuvre dans les plantations de vanille de Tahiti.
Les parents de Roseline, Jean et Jiona, ont quant à eux émigré en Nouvelle-Calédonie dans les années 1970, « lors du boom du nickel », pour ouvrir un restaurant sino-polynésien à Nouméa. Y retourner pour célébrer les obsèques de son père, voilà deux ans, aurait « déclenché une réflexion » l’ayant conduite à ouvrir Tea Apo au mois de septembre 2025.
Enseignement
Élevée dans ce théâtre permanent qu’est la cuisine d’un restaurant familial, Roseline Lilin avait en effet fait le choix de s’éloigner des fourneaux. « Arrivée en Métropole en 1987 », pour suivre des études supérieures à Grenoble puis au Havre, elle a ensuite dirigé des établissements d’enseignement agricole, à la Réunion et en Nouvelle-Calédonie. Ne se sentant « plus en phase avec les valeurs de [s]on pays », elle avait obtenu en 2005 une mutation à Tours, puis, ces dernières années, à Oeyreluy, comme directrice adjointe du lycée agricole Hector-Serres.
Désespérée d’avoir à « remplir des dossiers plutôt que de faire de la pédagogie » jusqu’à ce que la retraite vienne, cette « fonctionnaire d’État » a trouvé du réconfort dans les carnets de recettes de sa famille. Ouvrir les pages lui a fait humer les odeurs de ses années d’enfance. Ce parfum du lait de coco qui lui sert à cuisiner le po’e, un dessert traditionnel. Ces poivres chinois et ces épices du Pacifique qui embaument de chaque « siu maï », des bouchées cuites à la vapeur. Cette coriandre et ces autres herbes fraîches qui se lovent avec des viandes dans un « gua bao » à croquer.
« Avec ‘’30 variétés de thés chinois’’ de six couleurs différentes, Roseline fait également de son service ‘’gong fu cha’’ une véritable cérémonie d’embarquement »
Ces « recettes de famille », Roseline et les autres femmes de Tea Apo les proposent dans leur local traversant de 130 mètres carrés donnant sur la place du Légionnaire, avec 22 couverts pour le déjeuner et une terrasse aménagée pour les beaux jours. Cherchant à « faire découvrir des goûts que les Landais ne connaissent pas », la Sino-polynésienne ne propose pas un exotisme de pacotille. Elle rappelle simplement qu’un plat est un récit de voyage et qu’un thé n’est pas qu’une boisson.
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