Disparition de la galeriste Marian Goodman (1928-2026)

« Une magnat de l’art par accident », c’est ainsi que Marian Goodman se décrivait dans Newsweek en 2011. Au cours de ses soixante ans de carrière, la galeriste qui vient de disparaître à l’âge de 97 ans, s’est illustrée par son soutien indéfectible à un art conceptuel exigeant, à rebours des tendances commerciales.

Née en 1928 à New York, Marian Goodman est initiée à l’art dès l’enfance par un père collectionneur passionné d’art moderne. Dans les années 1960, elle fait des études d’histoire de l’art à l’université Columbia, où elle est la seule femme de sa promotion. C’est là un premier signe de sa détermination à s’imposer dans un milieu majoritairement masculin.

En 1965, désireuse de rendre l’art accessible à tous, Marian Goodman cofonde la société Multiples, Inc. à New York, spécialisée dans l’édition d’œuvres en tirages limités (estampes, livres d’artistes, portfolios, objets). Multiples, Inc. a ainsi publié les premières éditions d’artistes tels que Sol LeWitt ou Donald Judd et collaboré avec des figures comme Dan Flavin, Robert Rauschenberg ou l’artiste français Arman.

Forte de cette expérience de l’édition, Marian Goodman franchit un pas décisif en 1977. Ne trouvant aucune galerie américaine prête à exposer le Belge Marcel Broodthaers, dont elle admire l’œuvre, elle ouvre sa propre galerie éponyme à Manhattan, dans la 57e Rue. La galeriste joue un rôle déterminant dans la reconnaissance aux États-Unis de nombreux artistes européens jusque-là peu connus outre-Atlantique. Elle organise les premières expositions américaines de peintres allemands tels que Gerhard Richter et Anselm Kiefer, ou de sculpteurs britanniques comme Tony Cragg et Richard Deacon. Marian Goodman fait la promotion avec la même ardeur des créateurs émergents et des valeurs sûres. Elle soutient dès les années 1980 des artistes femmes comme la Française Annette Messager ou la Britannique Tacita Dean.

Outre New York, son port d’attache historique, Marian Goodman a jeté un pont durable avec la France. En 1995, elle inaugure un espace à Paris, rue du Temple dans le Marais, concrétisant son ambition de rapprocher la création contemporaine européenne et américaine. L’apport de Marian Goodman en France a d’ailleurs été salué : en 2013, le gouvernement français la distingue en lui remettant les insignes de chevalier de la Légion d’honneur, et de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2023.

La galeriste a également ouvert une antenne à Londres en 2014, finalement fermée en 2020 face aux difficultés engendrées par le Brexit et le Covid-19. En 2023, à l’âge de 95 ans, Marian Goodman ouvre une antenne à Los Angeles.

L’importance de sa galerie dans l’écosystème artistique est incontestable. En 2015, une étude a révélé que les artistes de Marian Goodman, aux côtés de ceux de Larry Gagosian, David Zwirner, Pace et Hauser & Wirth, comptaient pour près de 30 % des expositions personnelles programmées dans les grands musées d’art contemporain aux États-Unis.

À l’annonce de sa disparition, les hommages convergent pour souligner son héritage. « Le monde de l’art a perdu une légende », résume ainsi Susanne Ghez, amie de la galeriste et ancienne directrice de la Renaissance Society de Chicago.

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