Notre sélection de livres cette semaine : « Les Buddenbrook », « Knockemstiff, Ohio », « Venise, millefleurs »…

LA LISTE DE LA MATINALE

En cette nouvelle semaine de la rentrée littéraire d’hiver, « Le Monde des livres » vous conseille la lecture de l’une ou l’autre (ou des deux) nouvelles traductions du premier roman, et premier chef-d’œuvre, de Thomas Mann, Les Buddenbrook ; moins classique, du recueil de sombres nouvelles de l’Américain Donald Ray Pollock, Knockemstiff, Ohio, aujourd’hui réédité ; de Venise, millefleurs, nouveau livre de Ryoko Sekiguchi, pour redécouvrir la cité à travers sa vie végétale ; de l’histoire totale de la peste noire, qui toucha l’Europe à partir de 1347, par Patrick Boucheron ; enfin, du deuxième roman farouchement libre et follement inventif de Kinga Wyrzykowska, Princesse.

ROMAN. « Les Buddenbrook », de Thomas Mann

A trop chercher quelle serait « l’actualité » du romancier de génie que fut Thomas Mann (1875-1955), auteur à 26 ans seulement, avec Les Buddenbrook, d’un livre qui connut le succès dès sa parution, en 1901, on risque de se méprendre sur ce qui rend cet écrivain allemand, Prix Nobel de littérature en 1929, authentiquement singulier et important. Deux nouvelles traductions nous donnent l’occasion de méditer le contenu d’un imaginaire qui a reflété les soubresauts du passé comme il reflète ceux de notre présent.

S’il est un genre auquel se rattache Les Buddenbrook, c’est bien celui du roman de décadence fin de siècle. Ne décrit-il pas, sur une période allant de 1835 à 1877, la chute d’une famille de commerçants aisés ? On pourrait s’imaginer que l’ironie mannienne vise à dénoncer les illusions ou l’hypocrisie d’une grande bourgeoisie au crépuscule de sa puissance.

Mais cette interprétation occulte le message paradoxal que l’on peut retenir des Buddenbrook. Car cet ordre bourgeois suscite aussi chez Mann une incontestable nostalgie. Le romancier paraît plutôt stigmatiser les illusions que le XIXe siècle avait placées dans la religion, la philosophie et la musique pour rendre ce monde supportable. Chaque génération de Buddenbrook éprouve la fragilité de ces faux-semblants qui recouvrent en réalité l’anarchie, le non-sens et le désespoir. Ces doutes raisonnables demeurent, dans cet ample récit d’une déchéance, ce qu’il y a de plus touchant et de plus contemporain. N. W.

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