Emily Mason in Paris

Paris. Il s’agit de la toute première exposition consacrée par la galerie Almine Rech à l’œuvre d’Emily Mason (1932-2019) – la première sur le Vieux Continent, à l’exception de celle consacrée à ses gravures, à Venise, il y a vingt ans. Cette mini-rétrospective réunit une cinquantaine de tableaux, sur toile, sur papier et sur plaques d’argile, réalisés à partir des années 1950 jusqu’à la fin de son existence, témoignant de son goût pour la couleur et de son sens de la composition (les toiles sont affichées jusqu’à 150 000 dollars et les huiles sur papier jusqu’à 30 000 dollars).

Si le caractère chatoyant de l’ensemble s’impose d’abord au regard, les œuvres d’Emily Mason intriguent ensuite par leurs expérimentations ; l’artiste mélange par exemple directement la peinture à l’huile sur la toile, donnant l’impression que les tableaux auraient été lavés par la couleur. La peintre américaine est moins connue en Europe qu’aux États-Unis, où son œuvre est présente dans plusieurs collections publiques. Même si le marché britannique, notamment à travers des ventes organisées par Phillips, est plus développé que le marché français, qui ne s’est pas encore intéressé à sa production.

Un nouveau regard porté sur son œuvre

Emily Mason a grandi au cœur de la scène artistique américaine, car elle est la fille de l’artiste Alice Trumbull Mason, une des pionnières de l’art abstrait : en 2019 a été créée la Fondation Emily Mason & Alice Trumbull Mason afin de préserver leur succession (c’est de là que proviennent d’ailleurs toutes les œuvres accrochées dans la galerie).

À l’occasion d’une exposition collective organisée au printemps 2024 par Almine Rech dans son espace de l’Upper East Side, à New York, (intitulée « Gesture & Form : Women in Abstraction »/« Geste et forme : les femmes dans l’abstraction »), présentant des figures historiques telles qu’Helen Frankenthaler, Elaine de Kooning et Vivian Springford ainsi que des artistes contemporaines comme Minjung Kim et Thu-Van Tran, la galerie a proposé à la vente une première œuvre d’Emily Mason (Tropic, 1989). De là est venue l’idée de monter un solo à Paris, en collaboration avec la Fondation et l’historien et critique d’art Erik Verhagen. La peintre, restée en retrait de son vivant, bénéficie d’un nouveau regard sur son œuvre depuis sa disparition en 2019. Son travail a fait l’objet d’expositions dans des musées étatsuniens (au Brattleboro Museum of Art [Vermont] en 2018, au Bennington Museum [Vermont] en 2019 ou au Bruce Museum [Greenwich, Connecticut] en 2020). À l’automne 2025, une importante monographie a été publiée chez Rizzoli, accompagnant cette redécouverte d’une artiste discrète mais dont la trajectoire, par sa généalogie, est naturellement inscrite dans l’histoire de l’art américain.

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