Le verre à moitié plein

C’est vrai dans certains cas, mais ce n’est pas la tendance qu’indiquent plusieurs chiffres récents. Par exemple, le rapport très attendu sur les industries culturelles et créatives (ICC) commandé par l’association française We are creative montre qu’entre la dernière enquête en 2019 – donc avant l’épidémie de Covid – et 2014, la valeur ajoutée des ICC (un indicateur plus fiable que le chiffre d’affaires car il évite les doublons) a progressé de 21 %. À l’intérieur des ICC, les arts visuels font même mieux avec une croissance de 36 %. Le secteur des musées et patrimoine est particulièrement bien orienté, affichant une hausse de 78 %. Et à en juger par la fréquentation des sites patrimoniaux en 2025, la courbe reste positive. Le passé présume-t-il du futur ? Les acteurs culturels le pensent puisque, toujours selon ce rapport, 55 % des entreprises des arts visuels anticipent une hausse de leur activité en 2026.

Les indicateurs sont également moins sombres que ce qui est craint s’agissant des subventions accordées à la culture par les collectivités locales. Le baromètre de l’Observatoire des politiques culturelles signalait il y a quelques semaines que 52 % des collectivités interrogées avait stabilisé ou augmenté leur budget culture en 2025. Certes, 47 % d’entre elles ont baissé leur budget, mais ce chiffre ne veut pas dire grand-chose. Ainsi, lorsqu’une ville a terminé de restaurer un lieu culturel, elle peut allouer cette enveloppe à d’autres investissements (écoles, habitat) sans que le secteur culturel local ne pâtisse de la baisse.

Redisons-le, tous les acteurs ne sont pas comme la richissime Fondation Louis Vuitton. Lorsque le PIB n’augmente que d’un petit 1 %, en bout de chaîne, dans les petites structures, les budgets se tendent forcément. Principalement chez celles qui ne vivent que de subventions publiques et ont une audience ou une communauté étroite. C’est le cas des centres d’art contemporain et écoles supérieures d’art et de design dans les moyennes et petites villes.

Les loisirs sont depuis longtemps une composante essentielle des sociétés développées, contribuant directement à l’économie (les ICC ont une valeur ajoutée comparable à celle des industries alimentaires ou de la restauration), ou indirectement par les autres secteurs qu’elles sollicitent (transport, bâtiment..). Si elle est sensible à la conjoncture, cette tendance de fond reste solide.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lejournaldesarts.fr/opinion/le-verre-moitie-plein-181481