Chez Williams, on n’a pas raté Barcelone par erreur. On l’a laissé filer volontairement. Dans un paddock où chaque tour est scruté, comparé, commenté, l’écurie britannique a pris tout le monde à contre-pied. Pas de FW48 en piste, pas d’images, pas de chronos.
Quelques jours avant le shakedown catalan, l’annonce avait déjà fait lever quelques sourcils. Retards de production, voiture pas prête, calendrier serré… James Vowles assume pleinement ce choix et en revendique même la brutalité.
« Ce n’était clairement pas notre plan, et c’est extrêmement douloureux, mais je veux que ce soit reconnu comme le résultat de notre détermination à repousser les limites de la performance avec ce nouveau règlement, » explique Vowles cette après-midi lors d’un point avec la presse F1.
Le directeur de Williams inscrit cette décision dans un projet bien plus large, presque philosophique, de transformation accélérée.
« Nous sommes en train de transformer Williams, et rapidement. L’une des missions qui m’incombe depuis plusieurs années est de m’assurer que cette transformation se fasse à la vitesse maximale possible. Et d’après mon expérience, la seule manière d’y parvenir est de repousser les limites de façon agressive, pour découvrir où elles se situent. »
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Forcément, l’absence a nourri les spéculations. Crash-tests ratés, FW48 en surpoids, retard structurel inquiétant… James Vowles a tenu à couper court aux scénarios les plus alarmistes. « Je suis heureux de dire que nous avons passé tous les tests nécessaires, et que nous sommes prêts à rouler à Bahreïn, » affirme-t-il.
Sur la question sensible du poids, le discours est plus nuancé.
« Il n’y a aucune certitude sur le poids tant que nous ne serons pas à Bahreïn. Personne ne peut réellement le savoir. C’est impossible, car il faut la voiture assemblée, sans capteurs, dans sa configuration définitive – et cela n’existe pas aujourd’hui. Si nous sommes au-dessus de la limite, alors nous lancerons un programme agressif pour perdre du poids. Mais pour l’instant, tout ce que vous lisez dans les médias reste de l’ordre de la rumeur. Je viendrai expliquer la situation quand nous aurons des faits. Ce n’est pas encore le cas. »
En coulisses, Williams n’est pourtant pas restée inactive. L’écurie a intensifié son travail sur le VTT (Virtual Test Track), un outil clé de son développement. « Nous poursuivons le VTT, qui est en réalité un test de voiture physique, et cela continuera jusqu’à demain. Nous l’avons mené pratiquement en parallèle de Barcelone. Tout le monde à Grove travaille sans relâche, avec une passion et un engagement incroyables, pour être prêts. Nous avons vraiment hâte de retourner en piste. »
Vowles détaille l’ampleur de ce dispositif rarement mis en lumière.
« C’est pratiquement la voiture physique complète. Vous n’avez pas les ailes, mais vous avez le châssis, le moteur, la boîte de vitesses. Vous utilisez un robot de freinage, donc vous testez aussi le système de freins avec tous les éléments montés. Ce que vous faites, c’est caractériser le système de refroidissement, comprendre comment il fonctionne sous charge, tout comme le moteur et la boîte. Vous n’avez pas les charges dynamiques en virage, mais vous pouvez simuler deux voitures devant vous, une seule, aucune… ou encore les conditions de Singapour, de Bahreïn, ou un Silverstone à quatre degrés. En parallèle de ceux qui roulent à Barcelone, vous pouvez utiliser exactement la même base logicielle pour le groupe motopropulseur et la boîte, mais dans un environnement bien plus contrôlé. Cela permet d’apprendre énormément sur les systèmes, l’énergie et l’ECU. Ce n’est pas équivalent à la piste, mais c’est un excellent usage du temps. »
We’re ready for Bahrain 👊🇧🇭
🗣️ Listen to the full update from our Team Principal James Vowles: https://t.co/6u9BJey3wx pic.twitter.com/Tv5BDzm3qM
— Atlassian Williams F1 Team (@WilliamsF1) January 28, 2026
Un pari assumé pour arriver fort quand tout comptera
Williams ne nie pas qu’une présence à Barcelone était possible. Mais le coût à long terme était jugé trop élevé. « Nous aurions pu y aller, mais cela aurait complètement bouleversé la situation des pièces de rechange, des composants et des évolutions pour Bahreïn, Melbourne et la suite. Entre rouler dans un Barcelone froid et humide, faire un test VTT, gérer la disponibilité des pièces – et honnêtement, sachant qu’il n’y a aucun point à gagner lors d’un shakedown – nous avons pris cette décision. Et je l’assume totalement : le plus important est d’arriver correctement préparés à Bahreïn, puis à Melbourne. »
Le projet 2026, plus complexe que tout ce que Williams a connu, a aussi forcé certains compromis. « Il y a des compromis quand la production de certaines pièces prend du retard. Nous avons clairement repoussé les limites dans certains domaines, y compris dans certains tests associés. Ce n’étaient que des accrocs dans un tableau beaucoup plus large. Un élément parmi beaucoup d’autres qui nous ont poussés au-delà de ce que nous pouvions raisonnablement accomplir dans le temps imparti. »
Malgré tout, James Vowles reste serein.
« Je suis confiant, car nous ne serons pas en retard pour la raison suivante : il nous reste six jours d’essais de qualité à Bahreïn. La piste y est généralement sèche. De plus, nous avons de la chance. Nous disposons du groupe motopropulseur et de la boîte de vitesses fournis par Mercedes. Les enseignements qu’ils acquièrent cette semaine à Barcelone nous seront donc utiles à Bahreïn.
Il ne s’agit pas de minimiser leur travail, mais il est important de souligner que cela représente un avantage pour nous, un désavantage qui est compensé. Je suis convaincu qu’avec six jours à Bahreïn, nous bouclerons le programme d’essais nécessaire, et c’est pourquoi je suis focus sur le VTT actuellement.
Ce que je voulais, c’était m’assurer que dès le départ à Bahreïn, nous ayons une voiture fiable et prête à prendre le départ, pour ne pas nous retrouver dans la situation que beaucoup de pilotes et d’équipes tentent de faire à Barcelone sans quitter le garage. Nous devons être prêts à rouler. »
Williams a donc choisi de ne pas montrer ses cartes trop tôt. Quitte à surprendre, quitte à inquiéter. À Barcelone, l’écurie a regarde les autres rouler. À Bahreïn, elle compte bien prouver qu’elle est sur la bonne voie.
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Pour résumer
Williams a volontairement manqué le shakedown de Barcelone pour privilégier la préparation de Bahreïn. James Vowles assume un choix stratégique fort, misant sur le VTT et un développement agressif. Objectif : arriver fiable et prêt quand tout comptera vraiment.
Rédacteur
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