Il a alors 37 ans, et son épouse, Astrid, est de l’aventure. « La propriété était en mauvais état, sans bâtiments. On est parti d’une page blanche », indique le propriétaire, alors que ses chiens Polo et Pluto s’intéressent à notre conversation menée dans la salle de dégustation. Il faut replanter de la vigne, investir dans du matériel et lancer une gamme de vins en bouteilles. Les premières années sont difficiles.
Certifié bio et biodynamie
Presque trois décennies plus tard, Doyac, situé en AOC Haut-Médoc, est une référence (cru bourgeois depuis 2007, il ne figure pas dans le nouveau classement dévoilé début 2025). La propriété -28 hectares de vignes-, certifiée en bio puis en biodynamie depuis 2019 (labels Demeter et Biodyvin), a tracé sa route en jouant notamment la carte des cépages originaux. « Sur nos terroirs calcaires, le cabernet franc s’exprime bien et donne des vins frais. Nous le mettons en avant », indique Astrid de Pourtalès.
Le château Doyac, situé à Saint-Seurin-de-Cadourne, est certifié en biodynamie depuis 2019. GUILLAUME BONNAUD / SO
Le château prend ainsi des airs de Saint-Émilion, vignoble où ce cépage est implanté, alors qu’il est bien moins courant dans le Médoc. Au total, Doyac compte 60 % de merlot, 35 % de cabernet franc et seulement 5 % de cabernet sauvignon. Alors que ce dernier est le cépage phare du nord du Médoc.
Chardonnay et pinot noir
Autres cépages inhabituels sur nos terres bordelaises, le chardonnay (blanc) et le pinot noir, les deux variétés phares de la Bourgogne. Chacun couvre un hectare et Clémence, la fille du couple Pourtalès, en est fan. Œnologue de formation, elle a intégré en 2016 l’exploitation familiale. Elle et son père se partagent le boulot à la vigne – « On est souvent sur le tracteur » – et au chai.
Notre blanc fait venir au rouge certains clients. Cette nouvelle couleur va renforcer la notoriété du Médoc
À côté du grand vin – le château-doyac –, qui représente les deux tiers des ventes, est ainsi apparue, depuis le millésime 2023, une gamme originale et plus confidentielle de trois monocépages, présentés dans des bouteilles bourguignonnes et bouchées à la cire : un cabernet franc (AOC Haut-Médoc), et donc un chardonnay et un pinot noir, tous deux en Indication géographique protégée (IGP) Atlantique.
Château Doyac propose une gamme large, dont trois vins monocépages, pour séduire une clientèle avide de nouveautés. GUILLAUME BONNAUD / SO
« Avec ces bouteilles, notre offre s’est diversifiée. Nous en avons pour tous les goûts et toutes les clientèles », indique la jeune femme. « Il existe un attrait particulier chez les cavistes et les restaurateurs, comme on vient de le constater au salon Millésime Bio qui s’est tenu à Montpellier fin janvier », complète sa mère. La maison propose aussi un rouge à boire frais – une tendance qui se développe dans le Bordelais – et un rosé . Doyac est d’ailleurs conseillé par les équipes de l’œnologue Éric Boissenot.
Direction les chais, où les barriques classiques côtoient les foudres de plus grande contenance et les amphores. « En fonction des vins, nous utilisons ces modes d’élevage différents. Chacun a son intérêt », explique la jeune œnologue en ouvrant un château-doyac 2023, le millésime qui arrive sur le marché. « Il ne faut pas hésiter à le boire jeune. Inutile d’attendre pour l’apprécier. Je conseille d’ouvrir cette bouteille deux heures avant de passer à table. »
Clémence de Pourtalès, œnologue, croit beaucoup à l’élevage du vin en amphores. GUILLAUME BONNAUD / SO
Le Médoc passe au blanc
Avant de se quitter, la parole est au vin blanc, une star de la maison qui va prendre encore un peu plus la lumière. Produit depuis 2019 et dénommé le Pélican – l’oiseau figure sur les armoiries de la famille –, il arborera sur l’étiquette l’appellation « Médoc blanc » à partir du millésime 2025. Une AOC nouvelle en laquelle croient les Pourtalès. (1). « Notre blanc (100 % sauvignon) fait venir au rouge certains clients. Cette nouvelle couleur va renforcer la notoriété du Médoc. » Un hectare supplémentaire de sauvignon blanc va être planté ; il y en a 1,6 ha aujourd’hui.
Une fois les portes du chai refermées, la famille – tous habitent sur place – se dirige de l’autre côté des bâtiments. Il faut donner à manger à Ginger, Prêle, Ortie et Tirelire, quatre mini-cochons kunekune, une race venue de Nouvelle-Zélande. « Ils mangent les herbes et labourent bien les parcelles. » À Doyac, on a vraiment l’esprit bio.
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