Une décision du président argentin provoque la démission d’une directrice de musée

La politique de la fierté militaire menée par le président argentin Javier Milei a suscité une vive controverse autour du sort d’un sabre du XIXe siècle, trésor du patrimoine national. Le 3 février, le chef de l’État a signé un décret officialisant le transfert du sabre courbe (corvo) du général et héros de l’indépendance argentine José de San Martín (1778-1850). Le sabre doit quitter le Musée d’histoire d’Argentine (MHN) pour rejoindre le Régiment de Granaderos à Caballo. Selon le gouvernement, cette mesure « restitue au sabre son contexte historique propre ». Le régiment, fondé par José de San Martín lui-même, serait le « lieu naturel » de garde et d’honneur de l’arme.

Dans la pratique, le gouvernement argentin prévoit de le transporter par hélicoptère à San Lorenzo (Santa Fe) le samedi 7 février, lors d’une reconstitution du combat historique de 1813. Javier Milei doit remettre l’arme aux Granaderos au cours de la cérémonie. Ce n’est pas une première. Le sabre avait déjà été placé sous sa garde en 1967 durant la dictature de Juan Carlos Onganía (1966-1973), après avoir été volé à deux reprises (1963 et 1965). Il avait ensuite été restitué au musée en 2015 par la présidente Cristina Kirchner.

Sabre du général argentin José de San Martín (1778 – 1850) conservé au Musée d’histoire d’Argentine. © MHN

Sabre du général argentin José de San Martín (1778-1850) conservé au Musée d’histoire d’Argentine.

© MHN

Pour protester contre cette décision, la directrice du MHN, María Inés Rodríguez Aguilar, a remis sa démission au ministère de la Culture. Elle affirme refuser de « cohabiter avec la culpabilité » de voir le musée perdre la pièce la plus précieuse de son fonds. Elle qualifie la mesure de « rétroceso » (recul) pour le patrimoine national. Cette démission intervient après la mise à l’écart en 2025 de son prédécesseur, l’historien Gabriel Di Meglio, qui s’était opposé à un premier projet de transfert et à l’utilisation du sabre dans un acte politique.

Acquis en 1811 à Londres, le sabre accompagna José de San Martín lors des campagnes de libération de l’Argentine, du Chili et du Pérou. Il fut légué par José de San Martín à Juan Manuel de Rosas (1793–1877), gouverneur de Buenos Aires et président de la Confédération argentine. Les héritiers du gouverneur en firent don à l’État argentin en 1896. Cette donation fut formalisée par décret présidentiel en 1897, avec pour affectation définitive le MHN de Buenos Aires.

Les héritiers de Juan Manuel de Rosas ont saisi la justice fédérale pour demander l’interdiction du transfert. Ils font valoir que toute modification du lieu d’exposition violerait la volonté expresse des donateurs de 1896.

Au-delà du simple déplacement d’une relique, de nombreux historiens redoutent un précédent juridique qui pourrait décourager de futures donations au patrimoine public. Certains évoquent une instrumentalisation politique d’un symbole national. À l’inverse, le gouvernement affirme renforcer la souveraineté et la liberté « en s’appuyant sur ses symboles fondateurs ».

Cet article a été publié en premier sur https://www.lejournaldesarts.fr/actualites/une-decision-du-president-argentin-provoque-la-demission-dune-directrice-de-musee-181732