Pêche du brochet à la mouche

Les pionniers de cette pêche fixaient, paraît-il, un brin de tresse prolongé par une mouche grossière à la patte d’une oie. L’histoire ne dit pas qui du volatile ou du carnassier sortait ensuite vainqueur du combat ni si l’expression « avoir un fil à la patte » date de cette époque !

Le brochet à la mouche à travers les siècles

Si les Anglais semblent avoir pêché le brochet à la mouche depuis le XVIIIe siècle pour détruire ces poissons jugés indésirables sur leurs parcours à truite (le plus gros brochet jamais pris en Écosse, qui pesait 36 kg, le fut à la mouche), ce sont Guido Vinck, pêcheur belge sacré sept fois champion du monde de casting, et quelques-uns de ses confrères néerlandais qui ont élaboré les principes modernes de cette technique dans les années 1980.

Rapidement, les échos de cette approche novatrice se sont propagés dans toute la presse spécialisée européenne. Relayés en France par quelques pionniers, dont Thierry Cloux, qui fut ensuite rédacteur en chef du Pêcheur de France. Thierry s’est appuyé sur une expérience de terrain forgée à la fois aux Pays-Bas sous la houlette de son ami Guido Vinck et dans les rivières de Charente-Maritime. Son credo : « Pour réussir, il n’existe pas de mouche miracle. Il suffit de proposer des streamers de très grande taille. Et de pouvoir les lancer. Ce qui suppose la parfaite maîtrise de la double traction. »

pêche du brochet à la mouche

( Brochet victime d’un streamer équipé de pattes mobiles en caoutchouc, ramené juste sous la surface. )

Des modèles imitatifs et incitatifs

Dans cette pêche qui accorde une large part à l’esprit créatif et à l’improvisation, les pêcheurs confectionnent généralement eux-mêmes leurs « mouches » à brochet. Appartenant à deux grandes catégories. Les streamers et les mouches de surface.

Les streamers sont figuratifs – ils imitent alors souvent des alevins – ou incitatifs – dans ce cas, ils sont plus fantaisistes et colorés. Un bon streamer à brochet doit être à la fois grand et peu fourni de manière à bien pénétrer l’air. Sa légèreté est un facteur déterminant. Il est monté en matériaux peu absorbants. S’agglutinant quand ils sont mouillés afin d’offrir une résistance aérodynamique moindre lors des faux lancers. Mais reprenant reprennent leur volume une fois immergés. L’une des qualités premières d’un streamer à brochet étant donc sa mobilité.

Pour optimiser cette propriété, vous utiliserez des matériaux très pulsatiles. Marabout, poils de lapin ou de chèvre. Fibres synthétiques associés à du brill, qui augmente la brillance. Un hameçon simple à hampe longue no 2/0 à 6/0 suffit généralement à clouer le bec du carnassier. Se saisissant le plus souvent du leurre par le travers. Accompagné au besoin d’un triple arrière quand le poisson attaque plutôt en queue.

pêche du brochet à la mouche

( La prise en arrière des ouïes assure un maintien solide, qui paralyse le brochet. )

Pour le brochet à la mouche : un matériel adapté

Les teintes ternes (blanche, bleue ou verte) conviennent bien aux eaux claires. Tandis que les coloris vifs (rouge, jaune, orange fluo) semblent plus efficaces dans les eaux sombres ou chargées. Les contrastes de couleur (blanc/bleu, rouge/vert) sont les bienvenus. De même que les « signaux cible », qui centrent l’attaque : des yeux ou une tache rouge sang par exemple.

La canne est un élément important du matériel. Déterminant en effet la faisabilité du lancer de gros leurres et la qualité de leur présentation. Sa puissance adaptée à l’emploi d’une ligne no 8 à 9 qui convient à la plupart des situations. Voire no 10 pour les très gros streamers. Elle comporte une poignée de fort diamètre, dotée d’un solide porte-moulinet à vis et d’un talon de combat, de préférence amovible. Le moulinet manuel, à frein débrayable et à bobine large, doit contenir la soie et environ 50 m de backing de résistance 30 lbs.

L’emploi d’une soie à pointe plongeante ou entièrement plongeante peut se justifier dans le cadre d’une pêche au streamer en profondeur. Vous préférerez toujours cette solution au lestage du leurre, même si ces lignes associées à un streamer lourd fatiguent vite le poignet ! À l’usage, les soies de type S3 constituent un bon compromis. Pour rester en contact direct avec le leurre et accélérer son immersion, mieux vaut opter pour un bas de ligne court, dont la longueur n’excède pas 1,30 m.

pêche du brochet à la mouche

( Les eaux calmes et peu profondes d’un étang de plaine se prêtent bien à la pêche du brochet à la mouche. )

En action de pêche au streamer

Vous pratiquez une pêche de postes, toujours bien marqués en étang : proximité d’obstacles, accidents de relief (ruptures de pente… ), abords des ceintures végétales ou des herbiers.

Le lancer s’effectue bien au-delà de la tenue repérée. De manière que le streamer atteigne la bonne profondeur à l’endroit voulu. Après un posé bien rectiligne, vous réalisez, canne basse, une tirée courte et sèche pour remettre la mouche dans l’axe de la ligne et résorber le ventre de la soie. Inutile de racler le fond. Le brochet, grâce à son champ de vision vertical, s’intéressant plutôt à ce qui se passe au-dessus de lui. Selon l’humeur du poisson, vous pouvez effectuer une série de tirées amples sans interruption, de la main gauche ou à deux mains, canne et moulinet coincés entre les genoux ou sous une aisselle. La nage imprimée est continue, et s’accorde sur le rythme Rolly Polly des pêcheurs de truite en réservoir, sans les décrochements ni temps morts propres au stripping.

Le brochet peut aussi être attiré par une nage plus irrégulière. Rythmée par l’ampleur et la cadence des tractions exercées de la main gauche. Vous enchaînez les tractions courtes successives (vous « strippez ») qui font accélérer le leurre. Ou au contraire plonger en frétillant. Là encore, vous opérez scion pointé au ras de l’eau, pour éviter la formation d’un ventre préjudiciable à une bonne perception des touches et à une animation correcte du leurre.

brochet commun

Les pêches aux leurres de surface

Elles se pratiquent au milieu des éclaircies que vous identifiez parmi les ceintures végétales de bordure et près des obstacles. Les leurres employés doivent se faire remarquer dans cet environnement végétal luxuriant par leur volume, leurs couleurs et l’intensité des vibrations émises. Le popper fait partie des leurres de surface emblématiques du moucheur comme du pêcheur au lancer. La plupart des autres leurres flottants sont réalisés en poils de cervidés. Taillés ou en mousse synthétique. Ce sont les « bugs », qui imitent des grenouilles, des souris ou de gros insectes. Se lançant plus facilement que les poppers. Même s’ils flottent parfois moins bien.

Après une approche discrète des postes en waders, en barque ou en float tube. Vous pêcherez court mais très précis. En évitant de couvrir les poissons avec la soie, posée bien rectiligne. Là encore, la récupération s’effectue scion au ras de l’eau. En alternant temps de pause, tirées sèches et tremblotements imprimés sur place. Compte tenu de l’émotion bien légitime que vous éprouverez lors de l’attaque, toujours très spectaculaire puisqu’elle se produit en surface, vous risquez de commettre l’erreur classique qui consiste à anticiper le ferrage. Il faut au contraire le différer, et attendre le moment propice où vous ressentirez le poids du poisson peser sur la ligne. Une fois le poisson « pendu », la partie n’est pas gagnée pour autant : vous devez désormais mener à bien un combat délicat au milieu des obstacles !