Paris. En 2025, l’agence MYOP fêtait ses 20 ans avec une exposition aux Rencontres de la photographie d’Arles et l’édition d’un livre aux éditions Hoëbeke. « Comment rendre compte d’une aventure collective traversée par les regards de vingt photographes ? Comment lire des milliers d’images accumulées dans l’opacité du temps et n’en retenir qu’un infinitésimal fragment ? », s’interrogeait la commissaire Fannie Escoulen dans l’avant-propos de la monographie cosignée avec le scénographe du BAL, Cyril Delhomme.
Dans les espaces du rez-de-chaussée des anciennes douches municipales de la ville, un portrait du collectif, de sa structure et de ses fondements, se dessinait à travers une première salle consacrée aux ouvrages et manifestes publiés depuis la création en 2005 par Guillaume Binet et Lionel Charrier de l’agence, rejoint par le photographe, plasticien et musicien Oan Kim. La double projection, en recto verso qui suivait, défilait chronologiquement, année par année, des reportages et d’autres travaux réalisés. En somme, une exposition bilan de ce qui, aujourd’hui, soude les vingt membres que MYOP compte aujourd’hui.
Un récit sur le monde
À Paris, au Carré de Baudouin, l’agence a fait le choix d’une exposition totalement différente en confiant le commissariat à un des leurs, Michel Slomka, dernier photographe à avoir intégré l’agence, en 2022, avec Laurence Geai, Chloé Sharrock et Adrienne Surprenant. Ce n’est pas la première fois que le collectif confit le commissariat d’une exposition à un de ses membres. Olivier Monge a signé « Back to Black » en 2021-2022, Adrienne Surprenant et Stéphane Lagoutte « Manifeste – Ils furent foule soudain » aux Rencontres d’Arles 2023.
« L’exposition d’Arles n’était pas adaptable aux espaces du Carré de Baudouin et reprendre le film et l’édition de livres aurait dilué le propos de Michel relatif à notre vision du monde et aux combats que nous avons envie de mener », explique Stéphane Lagoutte, directeur de l’agence. L’exposition conçue par Michel Slomka, sur les deux niveaux du centre culturel de la mairie du XXe arrondissement, n’est pas une rétrospective mais un récit visuel narratif construit à partir d’un questionnement – « Comment habiter le monde, composer avec le désastre et inventer des futurs désirables ? »– et de motifs communs à tous les photographes, extraits de leurs archives qu’elles soient relatives à des guerres, luttes, résistances, idéaux ou au réchauffement climatique, à la nature ou encore à l’intime.
La subtilité du propos tient au choix des photos, au séquençage et à l’accrochage fluide et harmonieux sous forme de lignes de tirages libres non encadrés, ni contrecollés, aux associations sérielles et formats différents et marges blanches variant selon la taille de la photographie. Sous le thème « Habiter le campement » sont ainsi réunis différents habitats précaires liés aux guerres, migrations et à la précarité ou à un mode de vie au contraire choisi.
De cette polyphonie d’images et de sujets, il émane un propos sur l’état du monde, d’un grand calme, sans scènes dures, grandiloquentes ou crues, où l’à-côté, la métaphore, la poétique sont privilégiés. « Ce sentiment de légère déprime que peut entraîner l’état du monde, il faut s’en garder. La lucidité est importante, mais il ne faut pas qu’elle amène à un abattement, mais au contraire, à un soulèvement, une énergie. Tout est modifiable, reconstructible », veut croire Michel Slomka. Pour les légendes des photos et le nom de leurs auteurs, il faut se reporter au cahier de visite distribué à l’entrée du Carré de Baudouin en accès libre. Et pour mieux découvrir chaque photographe, un cahier noir – synthèse en 20 tirages de série(s) inédite (s), en cours ou caractéristique(s) de leur travail – a été conçu par le photographe Pierre Hybre, soit 20 cahiers dispersés dans les espaces, disposés chacun sur un totem sous lequel figure un résumé du travail présenté.
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