Musée. L’historien et homme politique, Philip Stanhope, 5e comte Stanhope, a été le premier à présenter l’idée à la Chambre des communes qui la rejeta en 1846, puis à nouveau en 1852. Dès son entrée à la Chambre des Lords, le 4 mars 1856, il plaide, soutenu par le baron Macaulay, historien, poète et homme politique, et le philosophe Thomas Carlyle, également historien, une nouvelle fois pour la création d’une National Portrait Gallery. Elle a pour objectif d’exposer les portraits originaux « devant représenter autant que possible les personnes les plus honorablement commémorées dans l’histoire britannique, en tant que guerriers ou hommes d’État, ou dans les arts, la littérature ou les sciences ». Trois mois plus tard, et après l’approbation de la reine Victoria, la Chambre des communes vote une somme de 2 000 £ pour sa création, officialisée le 2 décembre 1856. Le premier tableau à intégrer la collection est le portrait de William Shakespeare, associé à John Taylor, seul portrait peint en 1610 d’après nature du poète, dramaturge et comédien. Il obéit à la première exigence énoncée dans les critères d’admission : la nécessité d’avoir été réalisé du vivant de la personne. « L’authenticité du portrait et la célébrité de la personne représentée seront le fondement de l’administration d’une peinture et non pas son excellence en tant qu’œuvre d’art », écrit le Premier ministre William Gladstone, administrateur de la galerie, dans sa lettre de remerciement au donateur du tableau. La fiction est exclue : il s’agit de s’approcher du plus près de la personnalité du modèle. « La haute position sociale ne suffit pas pour intégrer la collection. Tout le monde est mis à égalité, à la seule exception des souverains régnants. Le cercle des acteurs de l’histoire se trouve de ce fait élargi, conformément à la tradition de l’Angleterre, où la séparation entre la novelle et la roture n’a pas la rigidité qui la caractérise sur le continent, surtout à l’est et au sud », souligne Krysztof Pomian.
Depuis, sa collection de 215 000 portraits est la plus vaste du monde et incorpore tous les médiums (peinture, dessin, sculpture, miniature, céramique, photographie, vidéo…). Du portrait d’Henri VIII d’Holbein à celui de Churchill, Darwin, Virginia Woolf, la reine Élisabeth II, Amy Winehouse…, les styles diffèrent. Dons, acquisitions et prix propres à l’institution n’ont pas dérogé à ces principes. Chaque année le Herbert Smith Freehills Kramer récompense les meilleurs portraits contemporains, objet ensuite d’une exposition. En 2025, l’artiste britannique Moira Cameron a gagné le premier prix avec A Life Lived (Une vie vécue), autoportrait la figurant assise dans un fauteuil.
Les travaux de réaménagement et de rénovation entrepris récemment pour 41 millions de livres sterling (47 M€) n’ont pas remis en cause l’accrochage chronologique, des Tudors à la période actuelle. Collection et accrochage comptent désormais plus de portraits féminins, davantage de portraits contemporains aussi et de personnes issues de minorités. Dans la nouvelle aile Weston, dédiée à la collection contemporaine se côtoient des portraits réalisés par Andreas Gursky, David Hockney, Steve McQueen, Shirin Neshat et Gillian Wearing. Et sur les nouvelles portes d’entrée du musée, les visages de femmes de l’artiste britannique Tracey Emin accueillent les visiteurs.
Cet article a été publié en premier sur https://www.lejournaldesarts.fr/patrimoine/musee-britannique-la-memoire-nationale-en-portraits-181771