En MotoGP, tout se joue à haute vitesse… sauf parfois l’essentiel. Pour Enea Bastianini, la saison 2025 ne s’est pas effondrée dans un virage ou au freinage d’une chicane, mais bien en coulisses. Un détail humain, technique et mental à la fois, qui a lentement grippé une machine pourtant promise à mieux.
Arrivé chez Tech3 avec l’envie de tourner la page Ducati et de s’installer durablement chez KTM, l’Italien a très vite parlé d’une « saison étrange ». Une année faite de hauts prometteurs et de bas brutaux, qu’il explique par « beaucoup de changements » autour de lui.
L’adaptation à la RC16 n’a rien eu d’évident après des années passées sur la Ducati, mais à l’été, le déclic semblait enfin trouvé. Pendant quatre Grands Prix, Bastianini enchaîne les performances solides, décroche un podium en sprint puis un autre en course longue. La dynamique est lancée. Jusqu’au moment où tout se fissure.
Le départ soudain de son ingénieur de confiance va agir comme un coup d’arrêt brutal. À partir de là, les résultats de Bastianini plongent et la fin de saison laisse un goût amer, celui d’un potentiel jamais pleinement exploité.
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Une rupture technique… et mentale
Alors qu’Alberto Giribuola choisit de rejoindre le projet Yamaha autour de Toprak Razgatlioglu, Enea Bastianini doit réagir dans l’urgence. Il décide de le remplacer immédiatement, travaillant avec un technicien propulsé dans ce rôle sans préparation.
Mais les complications s’enchaînent. Entre problèmes familiaux obligeant ce dernier à se faire remplacer à son tour, et changements successifs au sein du staff, l’environnement devient trop instable pour performer. Bastianini raconte sans détour cette période délicate :
« Ce travail est un peu étrange, parfois. Ce qui m’est arrivé l’année dernière n’est pas normal. Au début, je n’y avais pas beaucoup pensé mais quand j’ai changé de chef mécanicien deux ou trois fois de suite, […] ça a été compliqué de retrouver la même relation qu’avec l’ancien. Je n’avais aucune référence, sur aucune piste, parce que le chef mécanicien ne savait pas très bien ce dont j’avais besoin.
Et c’était difficile aussi pour moi d’expliquer mes sensations parce que la KTM était entièrement nouvelle pour moi, sur tous les circuits. Ça a été compliqué pour moi l’année dernière, mais j’étais aussi un peu fatigué. Pas physiquement – ça, ça allait ; sans être à 100%, j’en étais très proche. Par contre, mentalement, j’ai connu une baisse. Dans la seconde partie de la saison, après ce qui s’est passé, j’étais un peu stressé. Je ne sais pas si ça a pu compromettre mes résultats, mais cette pause était en tout cas nécessaire pour moi, pour remettre les compteurs à zéro, retrouver ma vie et passer du temps à la maison.
Ça a été un peu difficile à gérer. Je venais tout juste de construire quelque chose. Au début, j’avais du mal à comprendre ce dont j’avais besoin et les personnes qui étaient à mes côtés m’aidaient à le comprendre. Mais après Barcelone, ça a été un peu plus difficile de faire comprendre mes sensations à ceux qui travaillaient avec moi. Je me suis peut-être un peu trop focalisé là-dessus et je n’ai pas regardé les sensations que j’avais au guidon, mais plus l’écran et le résultat final. Il est certain que ça a un peu ralenti le processus. »
Enea Bastianini 🙂 pic.twitter.com/j9LXx1bQQ1
— Alessio Piana (@AlessioPiana130) January 27, 2026
Stabilité retrouvée, espoir relancé pour Bastianini
Du côté de Tech3, on mesure aujourd’hui l’impact de cette rupture. Nicolas Goyon, team manager, ne minimise pas son importance : « De toute évidence, le travail du chef d’équipe est essentiel dans notre milieu. Il est le premier à recueillir les commentaires du pilote, il est son premier confident. Tout le monde s’accorde à dire que c’est un rôle clé. »
« Certains chefs d’équipe sont parfois plus portés sur l’aspect technique, mais de nos jours il a de plus en plus besoin d’être comme un psychologue. Il doit aider le pilote, le pousser dans les moments difficiles. »
Il salue également le travail de Giribuola en début de saison : « Giribuola a plutôt fait du bon travail. Enea avait pas mal de difficultés au début de la saison. Il avait encore les trajectoires de la Ducati à l’esprit et passer de la Ducati à la KTM a été plutôt difficile pour lui. »
« Et malheureusement, il s’est passé ce qui s’est passé. Il est vrai qu’Enea l’a très mal pris. Nous ne pensions pas que cela affecterait à ce point ses résultats. Enea Bastianini est un pilote sensible, donc il faut prendre soin de lui. […] C’est vrai qu’Enea s’est senti vraiment trahi lorsque Giribuola a décidé de quitter KTM. »
La fin de saison confirme ce malaise, accentué par un turn-over subi : « Cela a créé encore plus d’instabilité, ce qui a expliqué la fin de saison. » Mais l’intersaison apporte un nouvel espoir. À Valence, Bastianini commence à travailler avec Andres Madrid, ancien chef mécanicien de Brad Binder. Et le lien se crée rapidement. « Il a fait 1200 km pour me voir rouler, et ça me touche vraiment. Je pense qu’il va se donner à 100% pour moi. »
Un geste fort, symbole d’un nouveau départ. « Ils commencent à créer leur relation », conclut Nicolas Goyon. « Et si l’on arrive tous ensemble à créer de la stabilité autour de lui, ça ne sera que bénéfique pour lui pour la saison qui arrive. »
Pour Bastianini, ce n’est pas la poignée de gaz qui a manqué en 2025… mais la bonne main posée sur son épaule.
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Pour résumer
La saison 2025 de Bastianini a été plombée par l’instabilité de son staff technique après le départ de son ingénieur. Fatigue mentale, perte de repères et résultats en baisse ont suivi. Avec un nouvel encadrement stable, l’Italien espère repartir sur de meilleures bases.
Rédacteur
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