Du 6 au 9 janvier, Las Vegas devient la vitrine de la Tech mondiale. La France aligne près de 150 entreprises au CES, dont une centaine de start-up. Matthieu Deboeuf-Rouchon explique pourquoi ce salon reste incontournable pour les marques et les industriels.

Responsable du centre d’excellence Innovation de Capgemini Engineering en France, Matthieu Deboeuf-Rouchon est un expert reconnu des sujets autour de l’innovation et de la transformation digitale. En 2008, il fonde son cabinet de conseil en Transformation Digitale et Innovation. En 2017, il rejoint les équipes de Capgemini Engineering. Il est co-auteur du « Guide de Survie du Consumer Electronics Show : comment organiser, vivre & optimiser sa visite du plus grand salon mondial de la Tech ! » dont la dernière édition vient de paraître. Passionné par l’impact des technologies sur la société, les entreprises et les êtres humains, il co-anime le podcast Innovation & Prospective Talk.
Techniques de l’Ingénieur : L’IA reste-t-elle toujours omniprésente ?
Matthieu Deboeuf-Rouchon : Oui, en allant plus loin dans l’intégration. Mais cette intégration est maintenant diffuse, c’est-à-dire que l’IA est très présente sans pour autant être visible. De plus, je remarque qu’elle agit comme un copilote dans notre vie professionnelle et personnelle. Elle va orchestrer les process au sein des entreprises, mais aussi dans la société et à notre niveau en tant qu’individu. C’est vraiment cette intégration que l’on voit au salon, avec une multiplication de solutions immersives, qui procurent des sensations grâce aux retours haptiques intégrés à des gants qui permettent de ressentir des sensations précises et réalistes.
Et cette intégration diffuse va jusqu’à la prédiction ?
En effet, l’IA va déduire le sens de ce que l’on veut faire et elle va agir juste avant nous pour donner plus de sens. Elle va mieux anticiper les facteurs humains. Il s’agira d’être un petit peu moins dans la prédiction que dans l’aspect proactif. C’est le cas notamment dans la santé. L’IA est déjà exploitée pour le diabète et le cholestérol. Toutefois, la prochaine étape consistera à améliorer la détection précoce des diverses maladies, avec un accent particulier sur le cancer cette année. Avant, on se concentrait principalement sur les traitements et comment « gérer » les maladies chroniques. Demain, les médecins utiliseront l’IA pour savoir si une tumeur en particulier annonce une maladie grave. Nous sommes plus en amont.
Cette capacité à prédire la dangerosité d’une tumeur peut-elle aussi s’appliquer aux risques industriels ?
Totalement. L’IA étant capable de moins consommer parce qu’elle est de plus en plus embarquée dans les équipements industriels, elle va aussi mieux comprendre son environnement, être dans un traitement vertical qui sera plus efficace. La détection des anomalies sera considérablement améliorée. Lors d’une maintenance, un opérateur sera à la fois mieux guidé et il ressentira mieux les choses grâce à des gants spéciaux.
À propos de la vidéo, AWOL Vision a dévoilé Aetherion, une nouvelle gamme de vidéoprojecteurs ultra-courte focale (UST). C’est la fin du téléviseur de papa ?
Je ne suis pas convaincu que ce « meuble » va disparaître dans les prochaines années. Cependant, cette démocratisation des courtes focales va faciliter une intégration dans différents dispositifs de projection, qui offriront de nouvelles expériences à venir. Je note néanmoins une transformation des écrans au CES. Ils deviennent plus immersifs et plus transparents. Autre évolution, ils se « contextualisent » en fonction de l’environnement (passagers et conducteurs dans les voitures, à domicile, au travail…). À terme, nous consulterons du contenu audio-vidéo où on veut, sur un mur ou dans une paire de lunettes.
L’informatique est aussi présente avec le lancement d’une nouvelle ère de performances pour nos ordinateurs. Intel, Qualcomm et AMD montrent leurs muscles. Comme le téléviseur, l’ordinateur classique n’a pas encore dit son dernier mot ?
Il demeure effectivement indispensable au travail, puisque les autres interfaces ne sont pas adaptées. Nous ne pouvons pas travailler avec un casque de réalité virtuelle. Si Apple ne propose toujours pas d’interface tactile sur les écrans de ses ordinateurs fixes et portables, c’est que toucher en permanence un écran avec ses doigts, c’est fatigant. Concernant l’informatique, il y a un enjeu de souveraineté à propos des semi-conducteurs et des métaux rares. La miniaturisation, l’augmentation de la capacité de calcul, l’intégration dans les puces neuromorphiques de tous les agents font augmenter la demande. Rien de ce qui se montre au CES n’est possible sans ces métaux rares.
Pour terminer, une innovation vous a-t-elle marqué en particulier ?
Il y en a plusieurs, mais j’ai été particulièrement impressionné par la société Veintree. Sous la direction du Dr. Christophe Bron, elle a développé un système d’authentification basé sur l’analyse du tissu veineux des mains. En captant et en analysant le réseau veineux des mains, les algorithmes Veintree génèrent une clé chiffrée unique. Résultat : une protection inattaquable. On passe la main au-dessus de son smartphone et il se déverrouille automatiquement. Ce système d’authentification non nominative protège les données personnelles et la vie privée des utilisateurs, et permet aussi l’usage de la blockchain quand cela est nécessaire.
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