Le projet d’aménagement du parvis du British Museum fait débat

Le projet d’accueil modernisé au British Museum suscite des réserves. Le musée prévoit en effet d’installer de nouveaux pavillons d’accueil pour les visiteurs, accompagnés d’un important travail paysager. L’objectif est de moderniser l’accueil du public tout en renforçant la sécurité.

Ces pavillons devraient remplacer les tentes provisoires installées ces dernières années dans le cadre des mesures antiterroristes. Pensés pour fluidifier les entrées, ils intégreront des équipements de contrôle de pointe capables de scanner les visiteurs sans qu’ils aient à vider leurs sacs. Leur architecture contemporaine, mêlant pierre et acier, a été conçue par l’agence londonienne Studio Weave, associée notamment aux architectes Wright & Wright. Le projet s’inscrit dans le vaste « Masterplan » de modernisation du musée, à l’issue d’un concours remporté fin 2024.

Au-delà des structures d’accueil, le musée souhaite transformer la pelouse environnante en un jardin d’inspiration méditerranéenne. Présenté comme une « collection vivante », il ferait écho aux collections historiques conservées à l’intérieur. Cette dimension végétale doit aussi permettre de verdir un espace aujourd’hui minéral.

Le calendrier est serré. Le British Museum espère une mise en service courant 2026. Les installations sont toutefois présentées comme temporaires, avec une autorisation demandée pour une durée maximale de dix ans. Elles doivent servir de solution transitoire avant une rénovation plus globale du site, estimée à près d’un milliard de livres (1,15 milliard d’euros) sur la prochaine décennie. Avec environ 6,2 millions de visiteurs par an, le musée cherche à adapter ses infrastructures à une fréquentation en constante hausse.

Le British Museum à Londres. © Ham, CC BY-SA 3.0

Le British Museum à Londres.

© Ham

Les demandes de permis de construire et d’autorisation au titre des Monuments historiques sont actuellement examinées par le comité d’urbanisme de Camden, qui doit rendre sa décision en février 2026. Elle dira si le British Museum peut engager cette transformation ou s’il devra revoir ses ambitions face aux défenseurs du patrimoine.

Fondé en 1759 et reconstruit au XIXᵉ siècle par l’architecte Sir Robert Smirke, le British Museum est l’un des symboles majeurs du néo-classicisme britannique. Sa façade sud, avec son portique monumental et sa colonnade de 44 colonnes ioniques, compose un ensemble symétrique avec le parvis et les grilles en fer forgé. Le musée est situé dans un secteur protégé du quartier de Bloomsbury.

C’est précisément cette valeur patrimoniale qui alimente les critiques. La Georgian Group, société de préservation de l’architecture georgienne, a rejetté le projet. Selon elle, l’ajout d’un pavillon dans la cour sud masquerait partiellement la vue sur la façade depuis Great Russell Street et romprait la symétrie du site. Elle juge également les aménagements paysagers proposés inadaptés à un espace au caractère formel et solennel.

Le projet lauréat présenté par le Studio Weave montrant le parvis végétalisé du British Museum. © Studio Weave

Le projet lauréat présenté par le Studio Weave montrant le parvis végétalisé du British Museum.

© Studio Weave

La Victorian Society, organisation qui œuvre à la protection et à la valorisation de l’architecture victorienne et édouardienne, partage ces réserves. Sa représentante, Morgan Ellis Leah, a comparé le pavillon sud à « une boutique ou un bar à vin moderne », dénonçant un style trop banal pour un lieu de cette nature. L’association suggère de déplacer la structure au plus près des grilles périphériques afin de réduire son impact visuel.

Mais tous les acteurs du patrimoine ne s’y opposent pas. Historic England, organisme public de référence en matière de conservation, estime que les bénéfices des nouveaux pavillons l’emportent sur les inconvénients. La direction du British Museum reconnaît de son côté un impact « faible, en deçà du substantiel ». Elle le juge cependant justifié par les impératifs de sécurité et par la suppression d’installations temporaires peu esthétiques. Quant au futur jardin, le musée le présente comme un projet culturel à part entière, en dialogue avec les civilisations représentées dans ses galeries. Le directeur du musée, Nicholas Cullinan, défend une démarche équilibrée, visant à offrir « l’accueil le plus inspirant possible » aux millions de visiteurs annuels tout en respectant l’édifice historique.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lejournaldesarts.fr/patrimoine/le-projet-damenagement-du-parvis-du-british-museum-fait-debat-181833