Rien ne va plus au Kennedy Center de Washington D.C., l’une des plus grandes salles de spectacle des États-Unis, qui, après un an de turbulences, doit fermer ses portes pour deux ans pour rénovation, a annoncé dimanche soir le président américain Donald Trump sur son réseau social Truth Social. Pour justifier cette décision, qui doit encore être avalisée par un conseil d’administration acquis à sa cause, le chef de l’État évoque « un Centre à bout de souffle, endommagé et délabré, en situation critique depuis longtemps, financièrement et structurellement ».
Selon de nombreux observateurs toutefois, la fermeture annoncée de ce centre le 4 juillet prochain, jour du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, qui employait encore quelque 2 500 personnes l’an dernier, tiendrait moins à son état bâtimentaire qu’à un affaiblissement moral et institutionnel. Depuis l’intronisation du 47ᵉ président, ce haut lieu de la culture au cœur de la capitale américaine est devenu l’une des premières cibles de Donald Trump, avec le remplacement du conseil d’administration et de la présidence, suivi d’une tentative de rebaptême juridiquement contestée qui associe son nom à celui de l’ancien président assassiné.
Le John F. Kennedy Center for the Performing Arts n’est pas une institution anodine aux États-Unis. Créé par un vote du Congrès deux mois à peine après l’assassinat de John F. Kennedy, puis inauguré en 1971, il se veut un « tribut vivant » à sa mémoire. Longtemps apolitique et respecté pour une programmation exigeante mais ouverte à un large public, il s’est imposé en presque six décennies comme l’une des salles de spectacle les plus prestigieuses du pays.

Le Kennedy Center à Washington D.C.
La mainmise croissante de Donald Trump s’est toutefois accompagnée d’une série d’annulations, d’une désaffection d’artistes, dont le compositeur Philip Glass ou Lin-Manuel Miranda, créateur de Hamilton, du retrait du Washington National Opera, ainsi que du départ de figures clés de la programmation, sans compter le recul du public et de certains donateurs.
« Il a été porté à mon attention qu’en raison du changement de nom (même si personne ne me dit explicitement que c’est à cause de cela), des artistes annulent leurs engagements les uns après les autres. Et j’en ai conclu que, depuis ce changement de nom, plus personne ne veut s’y produire », a ironisé Maria Shriver, nièce du président Kennedy, sur le réseau social X.
Les avocats ayant engagé des poursuites contre le Kennedy Center au nom de la représentante démocrate de l’Ohio Joyce Beatty estiment que l’annonce de la fermeture « soulève de sérieuses questions » quant à une volonté non de rénover mais de fermer l’institution afin d’éviter de nouveaux embarras liés au boycott « des artistes et des donateurs », et qu’elle « ne ferait qu’aggraver les dommages déjà causés », ajoutant qu’ils examinent « tous les recours juridiques » possibles.
Les syndicats du Kennedy Center ont quant à eux dénoncé l’absence de toute notification officielle et mis en garde contre les conséquences sociales d’une fermeture décidée sans concertation, prévenant qu’ils exerceront « tous leurs droits contractuels » en cas de suspension des activités.
À ce stade toutefois, la programmation n’a pas été formellement interrompue : les spectacles à venir, y compris plusieurs productions de Broadway prévues cet été, comme Mrs. Doubtfire, restaient en vente mardi soir sur le site de l’institution, illustrant le flou entourant le calendrier et les modalités précises de la fermeture annoncée.
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