
Le British Museum a discrètement modifié plusieurs panneaux de ses galeries du Proche-Orient ancien en supprimant le terme « Palestine ». Cette décision fait suite à une lettre de l’association pro-israélienne UK Lawyers for Israel (UKLFI) adressée au directeur du musée Nicholas Cullinan, alertant sur l’usage de ce terme pour des périodes très anciennes. L’association soutient que qualifier toute la région de « Palestine » sur plusieurs millénaires « effaçait les changements historiques et créait une fausse impression de continuité ». Selon UKLFI, cette terminologie occulte les royaumes d’Israël et de Juda du premier millénaire av. J.-C.
Plusieurs cartels consacrés à l’ancienne Égypte et aux navigateurs phéniciens, qui désignaient jusque-là la côte orientale de la Méditerranée comme « Palestine » et qualifiaient certains peuples « d’ascendance palestinienne », ont été mis à jour. Le musée a ainsi remplacé « Palestine » par « Canaan » lorsqu’il s’agit du Levant antique. Jusqu’ici, un cartel sur la période des Hyksôs (vers 1650-1550 av. J.-C.) décrivait ces envahisseurs venus du delta du Nil comme « d’origine palestinienne ». La mention a été remplacée par « d’origine cananéenne ».
Le British Museum indique poursuivre cette mise à jour progressivement dans le cadre de son grand projet de réagencement. Le musée précise qu’il continuera d’utiliser, sur ses cartes contemporaines, la terminologie retenue par l’ONU (Gaza, Cisjordanie, Israël, Jordanie). Le terme « palestinien » ne sera désormais employé que comme désignation culturelle ou ethnographique, lorsque le contexte s’y prête.
Le musée assure que cette révision s’appuie sur des commentaires de visiteurs et des enquêtes, et non sur pression politique. Dans sa réponse à UKLFI, il précise qu’il a entrepris « des révisions sélectives » des panneaux anciens afin d’être historiquement plus précis. UKLFI, pour sa part, a salué le changement, soulignant le rôle pédagogique des musées et jugeant essentiel que leurs descriptions reflètent fidèlement l’état du dossier historique.
Le retrait du mot « Palestine » a immédiatement suscité des critiques dans la presse arabe et chez les partisans de la cause palestinienne, qui y voient un effacement symbolique. Le terme suscite en effet de fortes émotions car il n’est pas neutre. En rejetant son usage, certains y voient un alignement sur le narratif politique israélien.
En juin 2025, 250 employés avaient signé une pétition interne demandant au British Museum de couper ses liens avec des institutions culturelles israéliennes, en protestation contre la guerre à Gaza. Ils dénonçaient une « marginalisation du récit palestinien ». Ce geste faisait suite à une exposition célébrant la création de l’État d’Israël, accusée d’avoir ignoré la Nakba de 1948 et contribué, d’après certains salariés, à une forme de « propagande pro-israélienne » pendant le conflit au Moyen-Orient.
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