
Celui que l’on nomme le « génie du moisi », Michel Blazy (59 ans), a vu une partie importante de son travail partir en fumée. Le feu s’est déclaré dans la nuit du 9 au 10 février vers 3 heures du matin. Environ 70 pompiers ont été mobilisés et l’intervention a duré près de cinq heures. L’origine du sinistre n’a pas pu être déterminée mais aucune victime n’est à déplorer. Les pompiers sont toutefois parvenus à protéger la maison familiale mitoyenne. À l’aube, le hangar ne présentait plus qu’une structure de tôle et de bois calcinés, recouverte d’une poussière noirâtre.
Le contenu de l’atelier a été entièrement perdu. Les œuvres en cours ont disparu, comme les sculptures et les installations. Le matériel de sculpture et de sérigraphie a brûlé. Les imprimantes 3D aussi. Les instruments de musique, les ordinateurs et les enceintes ont été détruits. Les ressources documentaires et les archives ont été réduites en cendres. Plusieurs milliers de livres et de vinyles ont disparu. Des disques durs contenant des archives numériques ont également été perdus. L’incendie a ainsi effacé plus de vingt-cinq ans de production et d’accumulation.
L’incendie ne détruit pas seulement un outil de travail. Il touche aussi un lieu collectif. L’atelier était identifié comme un espace de création partagé. Michel Blazy le décrivait comme une « ruche ». Plasticiens, musiciens et acteurs de la scène alternative s’y croisaient. Le lieu a accueilli des artistes visuels comme Mimosa Echard ou Hugues Reip. Des musiciens tels que Flavien Berger y ont également travaillé. Le site abritait le label de musique électronique Promesses, fondé par Samuel Blazy, fils de l’artiste. Michel Blazy aime à dire que le lieu faisait naître de la circulation, des collaborations et des rencontres, bien au-delà de sa seule fonction d’atelier.
Les dégâts, qualifiés de considérables, ne sont semble-t-il pas couverts par l’assurance. Au lendemain du drame, ses proches ont lancé une cagnotte en ligne pour aider à la remise en état des lieux et au rachat du matériel perdu. En quelques jours, plus de 11 000 € ont été collectés.
D’une certaine façon l’incendie peut faire écho à son travail. Né en 1966 à Monaco, l’artiste s’est formé à la Ville Arson de Nice (diplômé à l’âge de 22 ans). Il s’est installé à L’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) dans les années 1990. L’artiste développe depuis plusieurs décennies un travail fondé sur les transformations du vivant, la décomposition, les processus et le temps long. Ses installations, qu’il décrit comme des « pièges » où rien n’est fixé, interrogent les relations entre l’artificiel, le minéral et l’organique. Elles s’appuient sur une économie de matériaux relevant à la fois de l’arte povera et de gestes proches du compost ou de la serre. Il s’est ainsi amusé à détourner des produits de consommation courante pour les intégrer à ses pièces. La liste de ses ingrédients artistiques peut surprendre : purée de carottes, poules en chocolat, nouilles chinoises, croquettes pour chien, ou encore liquide vaisselle, pour n’en citer que quelques-uns.
En 2017, il présente Collection de chaussures à la Biennale de Venise, en tant qu’invité au sein de l’exposition internationale Viva Arte Viva curatée par Christine Macel. Au total, 27 paires de baskets ont été évidées pour accueillir terreau et racines. Elles étaient disposées sur des poteaux, formant un mur de chaussures transformées en pots de fleurs. Parmi ses œuvres les plus connues figurent Lâcher d’escargots (2009) ou Circuit fermé (2012).
L’incendie a également détruit un ensemble singulier constitué depuis 1997 : des noyaux d’avocats que l’artiste conservait pour les planter. Une cinquantaine d’avocatiers auraient disparu dans les flammes. Michel Blazy laisse toutefois ouverte l’hypothèse d’une reprise de certains plants. Il indique enfin continuer à envisager un avenir pour le site, considérant que la disparition du lieu ne doit pas signifier l’arrêt du projet collectif qu’il avait contribué à faire vivre.
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