La carte et le territoire

Toutes Époques –  Instrument scientifique et rationnel, la carte est l’objet de la connaissance par excellence, celui qui permet d’appréhender le monde et de s’y repérer en traçant les contours d’une terre connue.

Mais la carte, c’est aussi cette porte vers un monde de fiction, celle qui donne forme à des contrées inexplorées ou mythiques. C’est précisément ce lien entre cartographie et imaginaire qu’explore la Bibliothèque nationale de France, en donnant à voir plusieurs joyaux conservés dans son département des Cartes et plans. Parchemins médiévaux, atlas, portulans, globes et livres imprimés sont mis en regard avec de nombreux prêts, allant du dessin au jeu vidéo. Escale, tout d’abord, du côté des mondes inexplorés, de ces territoires qu’il reste encore à découvrir. Dragons et autres créatures chimériques parcourent ces représentations de mers inconnues, tant mystérieuses qu’inquiétantes. Guillaume Le Testu (vers 1510-1573) peuple, pour sa part, les terres du continent austral qu’il situe au sud du globe terrestre, d’humains aux oreilles si longues qu’ils s’en servent pour dormir. Une imagination qui s’enracine dans les cartes de mondes légendaires, où le fabuleux s’invite dans le réel. L’Atlantide, l’Eldorado, le paradis terrestre sont les faces immergées de ces lieux insaisissables qu’on a maintes fois tenté de localiser sur le globe, des îles fantômes aux royaumes cosmologiques. Mais là où la fiction s’émancipe de la réalité, c’est dans le genre de la fantasy. Du Monde de Narniaà Game of Thrones, en passant par L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson et Final Fantasy : la carte donne corps à ces territoires imaginés, jusqu’à parfois prendre des formes bien complexes. Ainsi, un prêt de la Bibliothèque apostolique vaticane laisse entrevoir les délires obsessionnels d’Opicinus de Canistris, prêtre italien du XIVe siècle, qui recouvre frénétiquement ses cahiers de textes et cartes anthropomorphes. Ces pièces d’exception trouvent un écho dans des créations contemporaines qui explorent la carte sous toutes ses facettes : évocatrice, poétique et ludique.

« Cartes imaginaires. Inventer des mondes »,

Bibliothèque nationale de France, quai François-Mauriac, Paris-13e, www.bnf.fr

Cet article a été publié dans L’ŒIL
n°793 du 1 mars 2026, avec le titre suivant : La carte et le territoire

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