Les Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 se dérouleront du 6 au 22 février. KOJI ITO / THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP
L’ICE, la très controversée police de l’immigration étasunienne, mobilisée pour les JO d’hiver en Italie ? Une question à laquelle Giuseppe Sala, le maire de Milan, ville d’accueil de la compétition sportive, qui s’étalera du 6 au 22 février, a une réponse toute trouvée : « Ils ne sont pas les bienvenus. »
La rumeur est montée ces derniers jours en Italie, non sans susciter l’émoi de l’opposition. Si le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi avait d’abord répondu « ne pas [avoir] connaissance » de cette potentielle présence, la police de l’immigration des Etats-Unis a finalement confirmé sa venue, ce mardi 27 janvier. « Le Nouvel Obs » fait le point.
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• L’ICE confirme la rumeur de sa présence aux JO
Les ouï-dire ont été validés outre-Atlantique. Des agents de la police américaine de l’immigration viendront en mission de soutien en Italie pour les Jeux olympiques d’hiver. « Aux Jeux olympiques, le service de sécurité intérieure (HSI) de l’ICE soutiendra le Service de sécurité diplomatique du département d’Etat américain, ainsi que le pays hôte, afin d’évaluer et d’atténuer les risques liés aux organisations criminelles transnationales », a déclaré l’ICE dans un communiqué. Le département de sécurité intérieur de l’ICE en question lutte à l’échelle internationale contre le trafic de drogue et le terrorisme, selon le site de l’agence fédérale.
Le vice-président américain J. D. Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio seront aussi présents en Italie, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture à Milan le 6 février.
• Malaise au sein du gouvernement italien
Une annonce qui discrédite en partie les autorités italiennes. En effet, elles avaient d’abord nié la présence d’agents de l’ICE lors de la rencontre sportive.
Interrogé ce week-end par des journalistes sur l’hypothèse de l’arrivée d’agents de l’ICE à Milan-Cortina, le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Piantedosi, avait partagé son ignorance, comme le relève samedi, le journal « Rai News » : « Je n’en ai pas connaissance, à vrai dire. Une première vérification effectuée auprès du préfet et des questeurs ne fait pas état de cela. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille évoquer des dangers ou des scénarios particuliers. »
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Il avait cependant temporisé, indiquant que si c’était bel et bien le cas, « les délégations étrangères choisissent elles-mêmes, dans le cadre de leur propre système, à qui s’adresser pour assurer la sécurité des délégations elles-mêmes. Je ne vois pas où est le problème, c’est tout à fait normal. La coordination de la sécurité reste bien sûr assurée par les autorités nationales ».
Par ailleurs, d’après une enquête du quotidien « Il Fatto Quotidiano » , des agents de l’ICE sont déjà présents en permanence au siège de Rome.
• Un rôle « non opérationnel »
Le ministère de l’Intérieur a par la suite cherché à minimiser le rôle de l’ICE aux JO, suggérant que les agents n’aideraient qu’à assurer la sécurité de la délégation américaine.
Lundi, le ministre italien de l’Intérieur Matteo Piantedosi a souligné que « l’ICE en tant que telle n’opérera jamais en Italie, car la gestion de l’ordre public, de l’immigration et de la sécurité relève de nos forces de police ».
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« Si jamais, de façon tout à fait hypothétique, devaient arriver des unités isolées appartenant à des organismes de sécurité américains, elles seraient de toute façon déployées de manière fonctionnelle et non opérationnelle », a-t-il déclaré aux médias italiens.
« Bien évidemment, l’ICE ne mène pas d’opérations en matière d’immigration à l’étranger », a confirmé l’agence étasunienne, précisant que « toutes les opérations de sécurité restent placées sous l’autorité de l’Italie ».
De son côté, le président de la région de Lombardie, Attilio Fontana, dans le nord du pays, qui accueille une partie des compétitions, a déclaré que l’implication de l’ICE se limiterait à la surveillance de J. D. Vance et Marco Rubio : « Ce sera uniquement un rôle défensif, mais je suis convaincu qu’il ne se passera rien. » Mais son équipe a ensuite publié un communiqué indiquant qu’il n’avait aucune information sur leur présence, et qu’il avait répondu à une question hypothétique.
• L’opposition s’enflamme
« Il est clair qu’ils ne sont pas les bienvenus à Milan, il n’y a aucun doute », a affirmé le maire de la capitale économique italienne, Giuseppe Sala sur la radio RTL 102.5. Il a estimé que la présence durant les JO de Milan-Cortina de cette « milice qui tue » et « entre chez les gens en s’autodélivrant l’autorisation » était un « problème ».
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L’ICE est au cœur de lourdes polémiques aux Etats-Unis, alors que deux citoyens américains ont été tués par ses agents à Minneapolis (Minnesota) et que la police organise d’importants raids anti-immigration à travers le pays, allant jusqu’à arrêter des enfants.
Lorsque le doute planait encore sur la présence de l’ICE à Milan, la sénatrice Cristina Tajani, du Parti démocrate, avait souligné que l’image violente de l’ICE était « bien loin de l’esprit d’inclusion et de coexistence dans la diversité que les Jeux olympiques visent à promouvoir », et que la présence d’un organisme aussi controversé risquait de porter atteinte à l’image internationale des Jeux.
Même son de cloche du côté de la cheffe du groupe AVS à la Chambre des députés, Luana Zanella, qui avait exigé un « démenti » auprès du ministre de l’Intérieur, tout en s’inquiétant d’une atteinte à la souveraineté du pays.
Des questions sur les missions et les modalités de coordination avec les forces italiennes envahissent le débat public en Italie.
Cet article a été publié en premier sur https://www.nouvelobs.com/monde/20260127.OBS111873/ils-ne-sont-pas-les-bienvenus-la-venue-de-l-ice-aux-jo-de-milan-suscite-la-controverse-en-italie.html