« Des travailleurs n’arrivent pas à joindre les deux bouts » : la diversification des profils des bénéficiaires inquiète les banques alimentaires

Les bénévoles d’une banque alimentaire trient des dons à Poitiers (Vienne), le 29 octobre 2024.

Les bénévoles d’une banque alimentaire trient des dons à Poitiers (Vienne), le 29 octobre 2024. JEAN-FRANCOIS FORT/HANS LUCAS VIA AFP


Envolée des prix dans les supermarchés, difficultés pour se loger, hausse des charges énergétiques… La précarité alimentaire s’étend dans l’Hexagone, révèle une étude menée par la Fédération des Banques alimentaires et publiée lundi 24 février à l’occasion du Salon de l’Agriculture.


Les profils des bénéficiaires sont de plus en plus hétérogènes, d’après cette enquête réalisée entre le 9 septembre et le 8 novembre auprès de 1 037 personnes accueillies au sein du réseau, notamment des étudiants ou encore des retraités – dont le nombre a augmenté de 3 points depuis 2022, pour atteindre 20 %. Mais ce qui le frappe le plus Jean Cottave, le président de la Fédération des Banques alimentaires, c’est l’augmentation importante des « travailleurs pauvres qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts après avoir payé leur loyer et leurs charges d’énergie ». Dans le détail, les travailleurs représentent un peu moins d’un quart (22 %) des personnes qui ont recours à l’aide alimentaire, soit 5 points de plus qu’en 2022. Et 43 % d’entre eux sont en CDI à temps plein.

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« Même si l’inflation s’est ralentie, il n’y a pas de retour au niveau de prix d’avant la crise inflationniste. Ça percute encore complètement une partie du bas des classes moyennes », constate Barbara Mauvilain, responsable du pôle relations institutionnelles de la Fédération des Banques alimentaires, qui vient en aide à 2,4 millions de personnes chaque année. Et les premières touchées sont les familles monoparentales, bien souvent composées de mères célibataires.


« Ils ont plus de problèmes de santé que d’autres »


La Fédération des Banques alimentaires remarque un autre changement majeur par rapport à la dernière étude réalisée il y a deux ans : la précarité se renforce dans les campagnes. Aujourd’hui, un quart des bénéficiaires habitent en milieu rural, ils étaient au-dessous des 20 % en 2022. Cela engendre « des problèmes liés à la mobilité, à l’accès à une alimentation saine ou encore d’accès à la santé », précise Barbara Mauvilain.


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La malnutrition s’accompagne aussi d’un impact important sur la santé des bénéficiaires, souligne l’étude. « Ils ont plus de problèmes de santé que d’autres », remarque Jean Cottave. En effet, 11 % des bénéficiaires ont déclaré être atteints de diabète, soit le double de la population générale. Les problèmes cardiaques et d’obésité sont également « surreprésentés », poursuit le président de la Fédération des Banques alimentaires. Plus de trois quarts des personnes interrogées (78 %, +7 points) déclarent au moins un problème de santé (de vue, dentaire…) et plus de la moitié d’entre elles (60 %) ont déjà renoncé à des soins pour des raisons financières.


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Les bénéficiaires ne sont pas non plus épargnés par les problèmes psychologiques : une personne sur quatre en souffre, selon l’étude. Là encore, la précarité alimentaire a un lien direct avec ces ennuis de santé. Selon Barbara Mauvilain, « 22 % des bénéficiaires disent être atteints de troubles du comportement alimentaire ».

Cet article a été publié en premier sur https://www.nouvelobs.com/societe/20250225.OBS100757/des-travailleurs-n-arrivent-pas-a-joindre-les-deux-bouts-la-diversification-des-profils-des-beneficiaires-inquiete-les-banques-alimentaires.html