Comment Washington force la main militaire des alliés

Élus et dirigeants politiques européens campent devant la retransmission des épisodes des saisons successives de “l’ère Trump” en tant que spectateurs non engagés. Bientôt ils devront muter vers un engagement beaucoup plus clair. Un arrêt sur image explique pourquoi. C’était ce 3 mars dernier à la Maison-Blanche. Sans mot dire, le chancelier allemand Friedrich Merz assistait dans le Bureau ovale au brief improvisé du président sur la guerre en Iran. Les caméras ne le cadraient jamais. Sauf fugitivement, comme pour la claque amicale sur son genou donnée par l’hôte des lieux. La gestuelle livre deux enseignements. D’abord, la principale économie du Vieux Contient reste la grande subordonnée du partenariat transatlantique. Ensuite, Berlin sera contraint de devenir un allié actif des États-Unis dans une guerre qui s’annonce longue. En déplacement à Pékin, en principe à la fin du mois, imagine-t-on Donald Trump jouer avec Xi Jinping pareille familiarité ? L’ordre mondial post-1945 n’est plus, mais les alliances historiques demeurent.

“La séquence subliminale ‘Merz’ concerne tous les Européens. L’équilibre recherché à Berlin entre autonomie stratégique de l’UE et préservation de liens étroits avec les États-Unis est vain.”

La séquence subliminale “Merz” concerne tous les Européens. L’équilibre recherché à Berlin entre autonomie stratégique de l’UE et préservation de liens étroits avec les États-Unis est vain. Les appels de Paris à la désescalade s’apparentent à du déni. Le “non à la guerre” espagnol est une autre forme de déni. Face à la théocratie “nucléaro-terroriste” de mollahs prêts au long conflit, le choix d’un camp s’impose. À ce carrefour tragique, Emmanuel Macron reconnaissait ce 9 mars à Chypre que “l’Europe est attaquée”. Le chef des armées maintient une “position défensive”. La ligne de démarcation avec “l’offensif” sera difficile à tenir dans la durée. Les errements puissance cent de Donald Trump forcent la main militaire des États de l’UE. Il appartient aux relais institutionnels de l’UE de préparer les opinions publiques à toutes les éventualités. À commencer par le Parlement européen, où les fractures sur le soutien à la realpolitik américaine devront être surmontées dès lors que le régime des mollahs perdure.

Jean-Michel Lamy

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