Classé trésor national, un rare dessin ancien retiré d’une vente

Le certificat d’exportation d’un dessin attribué à Hans Baldung Grien (1484-1545) a été refusé cinq jours avant sa mise en vente, obligeant la maison Beaussant Lefèvre à suspendre la vacation. L’œuvre est un portrait de Susanna Pfeffinger, exécuté à la pointe d’argent sur papier préparé, daté 1517 et monogrammé « HB », attribué à cet élève de Dürer. 

De petit format, le dessin se distingue par sa rareté. Sur environ 252 dessins recensés de Grien, seuls 15 sont des portraits, dont 12 à la pointe d’argent. Aucun exemple comparable n’est conservé dans les collections publiques françaises. Restée plus de cinq siècles dans la famille Pfeffinger / Prechter à Strasbourg, c’est l’unique dessin de ce type encore en mains privées en France. Redécouvert lors d’une succession, attribué par le cabinet de Bayser (Paris) et confirmé par le conservateur Christof Metzger (Albertina, Vienne), le dessin est estimé entre 1,5 et 3 millions d’euros. Sa vente était prévue aujourd’hui 23 mars à Drouot, en ouverture du Salon du dessin. 

Tout objet dépassant certains seuils d’âge et de valeur doit obtenir un certificat d’exportation délivré par le ministère de la Culture. Son refus interdit toute sortie définitive du territoire et ouvre à l’État un délai de trente mois pour l’acquérir. En principe, le silence de l’administration pendant quatre mois vaut acceptation, sauf demande de pièces complémentaires, qui en suspend le délai. Déposée le 25 novembre, la demande est restée en instruction plusieurs mois. La Commission consultative des trésors nationaux, saisie par la ministre, ne s’est réunie que le 18 mars. Son avis, publié le 21 mars, conclut à un « intérêt majeur pour le patrimoine national » et recommande le refus. La ministre a signé l’arrêté en ce sens le 20 mars. L’avis retient la rareté typologique, la qualité d’exécution, l’ancrage strasbourgeois du modèle et de la conservation, l’absence d’équivalent dans les collections publiques françaises.

Dans un communiqué du 23 mars, la maison de ventes dénonce un « classement tardif » compromettant les conditions normales d’une adjudication, malgré l’intérêt d’acheteurs internationaux. Le refus de certificat n’interdit pas une cession sur le territoire national, mais exclut toute concurrence internationale. Pour un acquéreur privé, l’achat demeure possible sous contrainte : conservation sur le territoire et possibilité d’un rachat par l’État, au prix du marché.

L’affaire intervient alors qu’une proposition de loi visant à renforcer le contrôle des biens culturels a été déposée au Sénat, début mars. Portée par le sénateur Jacques Grosperrin (LR), elle prolonge les réformes engagées depuis la loi de 1992 et les ajustements de 2000, qui avaient notamment réduit le délai d’acquisition de l’État à trente mois et encadré les modalités de fixation du prix.  Le texte prévoit de substituer à la notion d’« intérêt majeur » celle d’« intérêt exceptionnel » pour définir les trésors nationaux, et d’élargir les possibilités de préemption au-delà des seules ventes publiques.