
L’ancien patron de la droite sénatoriale et actuel chef du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, conspirant avec quelques alliés, vient de réussir un coup d’éclat : faire rejeter par le Sénat, le 21 janvier, l’article-clé de la proposition de loi sur la fin de vie. Les sénateurs LR ont remplacé l’« assistance médicale à mourir » par un « droit au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance ». Le mercredi 28 janvier, incapable de trouver un accord, le Sénat a rejeté l’ensemble du texte. Celui-ci n’était plus, de toute façon, qu’une coquille vide.
Pourtant, la loi est souhaitée depuis longtemps par une majorité de Français. Un texte sur le sujet sera tôt ou tard voté, pour tenir compte de l’évolution de la société et des mentalités – comme c’est le cas dans bien d’autres pays. On est en droit de s’interroger sur les arguments qui nous valent ce nouveau délai.
On peut, sans trop de difficulté, imaginer que nombre des opposants à une aide à mourir se recommandent d’une loi divine qui nous interdirait de mettre fin à nos jours ; autrement dit, une loi qui nous ordonnerait d’accepter une mort dite « naturelle ». Mais qu’y a-t-il de naturel dans une vie aujourd’hui prolongée par les progrès de la médecine, jusqu’à nous réduire, parfois, à l’état de légumes ? 85 ans, 90 ans, 100 ans… Bientôt, la France fourmillera de centenaires en Ehpad – une perspective sinon joyeuse, tout au moins acceptable pour ceux et celles qui peuvent, et désirent, finir ainsi leur vie.
Abus de pouvoir
« Naturelle », cette mort ? En 1740, l’espérance de vie se situait à 25 ans ; en 1810, grâce aux progrès de la médecine, à 37 ans ; aujourd’hui, à environ 80 ans pour les hommes et 86 ans pour les femmes. L’âge de la mort « naturelle » varie. Les progrès de la science et la mort retardée reposent-ils sur une loi divine ? Cette loi qui, selon eux, nous dépasse et qu’il nous faudrait donc tous observer.
Mais qu’en est-il de ceux qui aimeraient mettre un terme à leur existence quand elle n’est plus qu’une interminable agonie, quand elle est affligée par des maux divers toujours plus nombreux et invalidants, ou par une maladie incurable dont ils sont condamnés à supporter, impuissants, le lent et douloureux développement ? Ont-ils pensé, ceux qui revendiquent le soutien d’une loi divine les aidant dans ce calvaire, que tous ne partagent pas leur croyance et que l’on peut, en conséquence, réclamer d’avancer une mort inéluctable plutôt que de souffrir, physiquement, moralement, offrant en outre à nos proches une vision insoutenable ? Au nom de quel droit nous en empêcher ?
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