Birmanie : au moins 170 civils tués par des frappes aériennes pendant la période électorale, selon l’ONU

Dans un bureau de vote à Mandalay (Birmanie), le 25 janvier 2026. Dans un bureau de vote à Mandalay (Birmanie), le 25 janvier 2026.

L’ONU a déploré, vendredi 30 janvier, que le processus électoral en Birmanie n’ait pas respecté les droits humains fondamentaux, affirmant qu’il n’a fait qu’« exacerber la violence et la polarisation de la société ».

Pour l’instant, « des sources crédibles ont établi que 170 civils ont été tués lors de 408 attaques aériennes militaires signalées par des sources ouvertes pendant la période électorale, entre décembre 2025 et janvier », a déclaré Jeremy Laurence, un porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) des Nations unies, lors d’un point de presse.

James Rodehaver, chef de l’équipe du HCDH chargée de la Birmanie, a précisé de son côté que ce bilan pourrait s’alourdir. « Les chiffres pourraient très bien changer, car le processus de vérification est lent », en raison des coupures de communication, et car les gens craignent parfois de parler à l’ONU, a-t-il déclaré depuis Bangkok.

Répression des voix dissidentes

Selon des premières informations, le 22 janvier, à Bhamo, dans l’Etat Kachin (Nord), une frappe aérienne militaire dans une zone peuplée, où aucune présence de combattants n’avait été signalée, a tué au moins 50 civils, rapporte le haut-commissariat dans un communiqué.

« Depuis cinq ans, le régime militaire se caractérise par la répression de la dissidence politique, des arrestations arbitraires massives, la conscription forcée, la surveillance généralisée et la restriction de l’espace civique », a dénoncé le haut-commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, cité dans le communiqué.

« Aujourd’hui, l’armée cherche à consolider son pouvoir par la violence après avoir contraint la population à voter. Rien n’est plus éloigné d’un régime civil », a-t-il ajouté, affirmant que des personnes avaient été contraintes de voter par la junte. Selon le HCDH, plus de 100 villageois de la région de Sagaing ont ainsi été arbitrairement détenus, le 6 janvier, et contraints à voter, avant d’être libérés le lendemain.

Le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (PSDU), principal parti favorable à l’armée de Birmanie, a revendiqué lundi la victoire des élections législatives organisées par la junte, au lendemain de la dernière phase du scrutin dénoncé comme une manœuvre pour prolonger la mainmise des militaires sur le pays. Mais le scrutin n’a pas pu se tenir dans de larges zones contrôlées par les rebelles, où des guérillas prodémocratie combattent la junte aux côtés de mouvements armés issus de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.

De nombreux pays et observateurs internationaux ont condamné les élections, marquées par une répression des voix dissidentes, et des listes majoritairement composées de partis favorables à l’armée. Cette dernière avait pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat en 2021, renversant le gouvernement de la figure démocratique et lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, et plongeant le pays dans une guerre civile. M. Türk « en appelle à la communauté internationale, en particulier aux Etats ayant de l’influence, pour qu’ils redoublent d’efforts afin de mettre fin à la violence ».

Le Monde avec AFP

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