Au Mexique, la découverte majeure d’un tombeau zapotèque

Le signalement d’un pillage a permis la découverte d’une chambre funéraire zapotèque millénaire. Datée du VIIᵉ siècle ap. J.-C. (classique tardif zapotèque), la Tumba 10 de Huitzo a été mise au jour début 2026 sur le Cerro de la Cantera (commune de San Pablo Huitzo, Vallées Centrales de Oaxaca, Mexique). Les autorités mexicaines l’ont qualifiée de « découverte archéologique la plus importante de la dernière décennie » en raison de son état de conservation et des informations qu’elle livre sur la civilisation zapotèque.

Les techniciens de l’Institut national d’Anthropologie et Histoire sont intervenus à la suite d’un signalement anonyme de pillage. Celui-ci a permis de mener rapidement une fouille de sauvetage sur les lieux avant que la tombe ne se dégrade. Le puits d’accès révèle une crypte contenant deux chambres voûtées (5,55 m de longueur) construites en blocs de calcaire et pierre volcanique avec enduits de stuc.

Parallèlement à la fouille, des études spécialisées sont en cours : des analyses céramiques, iconographiques, épigraphiques et anthropologiques. Les ossements humains sont examinés pour reconstituer le profil du défunt. Ces investigations devraient fournir des informations détaillées sur les pratiques funéraires zapotèques, les échanges culturels (sources des pigments, type de poteries) et la chronologie du site.

La sépulture est constituée de deux chambres voûtées : une antichambre d’entrée et une chambre funéraire principale. Elle comporte de nombreux éléments sculptés et picturaux, parmi lesquels une porte sculptée avec frise calendaire. Le linteau gravé de noms calendaires révèle que les Zapotèques utilisaient des systèmes de datation symboliques pour identifier les personnes et événements. Cela illustre leur maîtrise des calendriers mésoaméricains et suggère des pratiques administratives avancées (notamment l’attribution de « noms de naissance » aux élites).

Le caractère monumental de la sépulture, dédiée à un « ancestro de alto rango » (« ancêtre de haut rang ») zapotèque, confirme l’existence d’une élite capable de mobiliser d’importants moyens architecturaux. La taille et la facture de la tombe (voûte en pierre, boiserie calcaire) témoignent d’une haute technicité architecturale comparable à celle de sites majeurs comme Monte Albán ou les tombes de Mitla.

Les fresques montrent un cortège portant de l’encens vers la sépulture, indiquant des rites élaborés (incinération d’encens, hommage au défunt). La présence de cet encens, du copal, très répandu dans tout le Mésoaméricain, atteste aussi des échanges culturels régionaux. Les offrandes (vases miniatures, etc.) confirment que le défunt était accompagné d’objets symboliques pour son transit vers l’au-delà.

Le site de Huitzo (vallée d’Etla) a connu une occupation humaine très ancienne (dès 1300 av. J.-C.). Il a été un point de rencontre entre Zapotèques, Mixtèques et Nahuas. Cette tombe confirme la centralité historique de Huitzo (ancien Huijazoo) dans la région. Son appartenance à un vaste ensemble funéraire (Cerro de la Campana) renforce l’idée d’un réseau urbain et cérémoniel zapotèque étendu. Les Zapotèques maîtrisaient l’écriture, disposaient d’un calendrier élaboré et savaient construire des architectures monumentales. Comparable à d’autres complexes funéraires zapotèques prestigieux, la Tumba 10 de Huitzo s’inscrit dans une civilisation florissante à partir du VIIᵉ siècle av. J.-C., dont Monte Albán constituait le centre politique.

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