Elle s’est fait attendre. Longtemps. Puis elle est sortie. Noire, brute, presque provocante. L’AMR26 n’a roulé que quelques tours à Barcelone, mais le paddock n’a regardé qu’elle. Plus qu’une monoplace, Aston Martin a dévoilé une intention. Et derrière chaque ligne extrême, un nom s’impose déjà : Newey.
Impossible de confondre l’AMR26 avec ses concurrentes. Dès le premier regard, la monoplace respire la radicalité chère à Adrian Newey : formes étirées, volumes resserrés, et une obsession assumée pour l’efficacité aérodynamique globale plutôt que pour des solutions consensuelles.
Les pontons affichent un glissement supérieur très marqué, à la manière de McLaren, mais sans tomber dans un undercut agressif. Newey rompt ici avec certaines habitudes héritées de Red Bull : l’excavation latérale est volontairement limitée, remplacée par une approche plus fluide, destinée à préserver une zone Coca-Cola très active.
L’entrée des radiateurs frappe par son extrême étroitesse. Vue de face, la “bouche” paraît presque fermée. Un choix rendu possible par l’utilisation de radiateurs profilés, redevenus autorisés, et par une intégration très compacte du groupe propulseur Honda RA626H. Aston Martin accepte de marcher sur un fil : refroidissement minimal, efficacité maximale.
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La partie supérieure de la voiture confirme cette philosophie. La prise d’air reste triangulaire, mais intègre désormais les flux destinés au radiateur central. Là où l’AMR25 embarquait une masse rayonnante importante au-dessus du V6, l’AMR26 affiche un capot moteur incroyablement affiné, prolongé par une dérive verticale très longue, pensée pour stabiliser l’aileron arrière sans le saturer.
À l’arrière, Aston Martin n’a clairement pas joué la sécurité. Les “cornes” visibles rappellent la Ferrari SF-26, tandis que des profils verticaux apparaissent également autour du Halo. L’évacuation de l’air chaud se fait via une sortie très agressive, presque béante, associée à un bazooka court et à un mégaphone arrière assumé. Discret ? Non. Efficace ? C’est le pari.
The Adrian Newey designed AMR26 breaks cover.
By design.#AMR26 pic.twitter.com/SNpcicze32
— Aston Martin Aramco F1 Team (@AstonMartinF1) January 29, 2026
Mais la vraie signature Newey se cache dans les suspensions. À l’avant, le schéma push rod est exploité à l’extrême, avec un multibras supérieur fixé très haut sur le châssis et un triangle arrière fortement incliné pour générer un effet anti-plongée. Plus surprenant encore : alors que Red Bull et McLaren ont déplacé la direction vers l’avant du châssis, Newey persiste avec une direction positionnée derrière le triangle. Une solution sophistiquée, dictée par les résultats en soufflerie.
À l’arrière, le coup de poker est total : le bras de suspension repose directement sur le pilier de l’aileron arrière. Une intégration structurelle et aérodynamique rarissime, qui maximise le flux vers le diffuseur mais complique énormément la mise au point.
Même le nez, pourtant plus conventionnel en apparence, cache une protubérance type “bec de pélican” destinée à l’actionneur de l’aileron actif. Aston Martin a choisi, comme Mercedes, de ne rendre mobile que le troisième élément de l’aileron avant. Là encore, efficacité avant spectacle.
Le message est limpide : Aston Martin ne cherche plus à suivre, elle cherche à devancer. Avec Newey, l’écurie accepte le risque, la complexité… et l’audace. Reste à savoir si cette révolution tiendra la distance.
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Pour résumer
Aston Martin a dévoilé à Barcelone l’AMR26, première monoplace conçue par Adrian Newey. Ses choix techniques radicaux marquent un changement net : aérodynamique extrême, intégration poussée et prises de risques assumées. La méthode Newey est déjà à l’œuvre.
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