Affaire Epstein : le ministère de la justice américain annonce publier plus de « 3 millions de pages » supplémentaires

Todd Blanche, à Washington, le 30 janvier 2026. Todd Blanche, à Washington, le 30 janvier 2026.

Le numéro deux du ministère de la justice américain, Todd Blanche, a annoncé, vendredi 30 janvier, la publication de « plus de 3 millions de pages » supplémentaires « du dossier Epstein », dont « plus de 2 000 vidéos et de 180 000 images ».

« Ces 2 000 vidéos et 180 000 images n’ont pas toutes été prises par M. Epstein ou un membre de son entourage », a précisé M. Blanche, expliquant qu’il s’agissait en grande partie de « pornographie ». Les images et vidéos de toutes les femmes ont été masquées à l’exception de celles de la complice de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, a-t-il souligné.

Cela porte à pratiquement 3,5 millions le nombre de pages de ce dossier titanesque rendues publiques par le gouvernement américain depuis décembre sous la contrainte d’une loi votée par le Congrès, a-t-il souligné.

Le gouvernement américain, qui publie ce gigantesque dossier sous la contrainte d’une loi votée par le Congrès, avait déjà diffusé des dizaines de milliers de documents fin décembre.

« La publication d’aujourd’hui marque la fin d’un processus très approfondi de recensement et d’analyse de documents pour garantir la transparence au peuple américain et le respect de la loi », a souligné M. Blanche, lisant la conclusion d’une lettre adressée parallèlement au Congrès. Une fois le rapport prévu par la loi remise au Congrès et les justifications des caviardages des documents publiés au Journal officiel, « le ministère aura rempli ses obligations, fixées par la loi », selon cette lettre signée par la ministre, Pam Bondi, et par M. Blanche.

Questions

Les publications précédentes ont surtout éclairé le réseau spectaculaire du richissime financier new-yorkais, mort en prison en 2019 à New York avant d’être jugé pour avoir monté un système d’exploitation sexuelle de jeunes filles mineures. Elles ont pour le reste posé plus de questions qu’ils n’ont apportées de réponses, par exemple sur l’existence d’éventuels complices de Jeffrey Epstein.

Outre l’homme d’affaires, qui selon les autorités s’est suicidé dans sa cellule, la seule autre personne poursuivie a été son ancienne collaboratrice Ghislaine Maxwell, qui purge actuellement une peine de vingt ans de prison aux Etats-Unis.

Des parlementaires républicains et démocrates ont joint leurs forces pour pousser à la publication de cette énorme masse de photos, vidéos et documents écrits (courriers électroniques, auditions de témoins, etc.), contre la volonté du président américain.

Caviardages

Cette réticence de Donald Trump a indigné certains de ses partisans, qui voient dans l’affaire Epstein, terreau fertile pour toutes sortes de théories du complot, la confirmation de leurs suspicions sur la dépravation des élites. Le ministère a justifié la lente diffusion par la nécessité de protéger les victimes en biffant des noms voire des passages entiers, ou en recouvrant des visages sur les photos. Cette publication au compte-goutte et ces caviardages ont alimenté des accusations de dissimulation contre l’administration Trump.

« Nous nous sommes conformés à la loi et nous n’avons pas protégé le président Trump ni protégé ou omis de protéger qui que ce soit », a assuré Todd Blanche. « Il y a un appétit et une soif d’information qui ne seront pas étanchés par la lecture de ces documents », a-t-il cependant reconnu.

Parmi les documents non encore publiés figurent des pièces susceptibles d’éclairer la toute première affaire Epstein, vieille de plus de quinze ans et distincte des poursuites engagées plus tard à New York. Dans cette première affaire, instruite par des procureurs de Floride, Jeffrey Epstein était accusé d’avoir eu recours aux services de prostituées mineures. Il a écopé d’une peine aménagée de prison de treize mois et échappé à un procès grâce à un accord secret passé en 2008 avec un procureur, jugé extrêmement indulgent par les experts.

Les parlementaires à l’origine de la loi sur la divulgation du dossier voudraient voir l’acte d’accusation établi à l’époque contre Jeffrey Epstein, ainsi qu’un mémoire résumant l’enquête.

Proximité

Parmi les documents publiés en décembre, des photos de l’ancien président démocrate Bill Clinton en compagnie de Jeffrey Epstein ou de femmes aux visages dissimulés avaient en particulier retenu l’attention.

D’autres pièces avaient, elles, confirmé la proximité qui a existé à une époque entre le riche homme d’affaires et Donald Trump, lequel n’a jamais été accusé d’agissements criminels en relation avec Jeffrey Epstein. Le président américain reconnaît l’avoir fréquenté dans les années 1990, mais affirme avoir coupé les liens avant qu’il ne soit inquiété par la justice. Il avait déclaré en janvier 2024 sur son réseau Truth Social : « Je n’ai jamais pris l’avion d’Epstein. »

Le nom de Donald Trump apparaît huit fois sur la liste des passagers de l’avion privé de Jeffrey Epstein entre 1993 et 1996, affirme toutefois un enquêteur, dans un courriel datant de 2020 rendu public dans le cadre des premières publications.

Le Monde avec AFP

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