Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe depuis 2013, ici le 27 janvier 2024. THOMAS SAMSON / AFP
Depuis que son nom est apparu dans les fameux « dossiers Epstein » rendus publics par la justice américaine, les appels à la démission se mulipliaient contre l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, qui préside l’Institut du monde arabe (IMA) depuis 2013.
Mercredi, il avait rejeté toute hypothèse d’un départ de l’IMA. Mais les pressions se sont accélérées, d’abord au sein de la classe politique puis jusqu’au sommet de l’Etat, quand l’Elysée et Matignon ont exigé sa convocation auprès du ministère des Affaires étrangères. Jean-Noël Barrot avait déclaré se réserver « toutes les options » quant au mandat de Jack Lang, qualifiant les premiers éléments de l’affaire d’« inédits et d’une extrême gravité ».
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Vendredi, le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » concernant Jack Lang et sa fille Caroline.
Et ce samedi 7 février, Jack Lang a finalement « proposé » sa démission de l’IMA dans une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères qui a été consultée par l’AFP : « Je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire », a écrit l’actuel président de l’IMA alors qu’il était convoqué dimanche au Quai d’Orsay.
Jean-Noël Barrot « lance la procédure pour désigner son ou sa successeur »
Le chef de la diplomatie Jean-Noël Barrot, dont le ministère a la tutelle sur l’IMA, « prend acte » de l’offre de démission de Jack Lang, a-t-il réagi samedi auprès de journalistes. « Je lance la procédure pour désigner son ou sa successeur à la tête de l’IMA et je convoque un conseil d’administration sous 7 jours qui désignera un ou une président(e) par intérim », a-t-il ajouté, de retour à Paris après une tournée internationale.
L’Elysée, lui aussi, « prend acte de la démission » du président de l’Institut du monde arabe (IMA), Jack Lang, éclaboussé dans l’affaire Epstein, a-t-elle fait savoir samedi.
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Jack Lang était sur la sellette après la publication fin janvier de nouveaux documents sur le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein, qui ont fait apparaître des liens entre les deux hommes.
Si aucune charge ne pèse à ce stade contre l’ancien ministre, la mention de son nom à 673 reprises dans des échanges avec Jeffrey Epstein et ses liens d’intérêt avec le financier américain ont poussé de nombreux membres de la classe politique à exiger son départ de l’IMA.
Une enquête financière ouverte
La défense de Jack Lang n’a pas beaucoup évolué ces derniers jours. Après avoir assumé ses liens avec Jeffrey Epstein, puis plaidé la naïveté, il a réaffirmé son innocence samedi.
« Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai », a-t-il assuré dans le courrier au ministre des Affaires étrangères. « Je me réjouis que la justice se saisisse de ce dossier », a-t-il aussi affirmé, évoquant l’enquête préliminaire ouverte vendredi par le parquet national financier (PNF) contre lui et sa fille Caroline Lang pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », après des « faits révélés par Mediapart ».
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Sur la base des nouveaux éléments publiés par l’administration américaine, ce média a en effet fait état de liens financiers et d’intérêts économiques communs entre la famille Lang et le financier. D’après les messages exhumés, le nom de l’ancien ministre ressort 673 fois de la correspondance de l’ancien homme d’affaires américain décédé en prison en 2019.
Les deux hommes ont notamment négocié en 2015 la vente entre eux d’un riad à Marrakech, et les messages ont continué les années suivantes.
« Cher Jeffrey, (…) votre générosité est infinie », aurait écrit Jack Lang en 2017. « Puis-je encore abuser ? », avait-il aussi demandé, avant de solliciter le milliardaire pour qu’il le transporte en voiture à une fête organisée hors de Paris.
La fille de l’ancien ministre, Caroline Lang, a quant à elle démissionné lundi de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma après les révélations sur une société « offshore » qu’elle a fondée en 2016 avec l’homme d’affaires américain.
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Jack Lang a assuré que l’enquête préliminaire permettrait de « faire toute la lumière sur des accusations portant atteinte à (sa) probité et à (son) honneur », et a indiqué qu’il collaborerait avec la justice.
« Une voiture et un chauffeur pour Jacques »
Mediapart, qui avait dévoilé des premiers liens financiers entre Jeffrey Epstein et la famille Lang (le père et la fille), notamment à travers la société offshore Prytanee LLC, avait mis en évidence ce jeudi 6 février de nouveaux éléments qui venaient fragiliser la défense du président de l’IMA.
Jack Lang avait indiqué auprès de Mediapart ne pas avoir été mêlé à cette société, détenue par sa fille et Jeffrey Epstein. Pourtant, un courriel de mars 2018 d’Etienne Binant, un financier proche de Jack Lang et du criminel Jeffrey Epstein, laisse à penser le contraire. « J’ai également besoin que Darren [Indyke, l’avocat de Jeffrey Epstein en charge du montage juridique de Prytanee LLC] me recommande une entreprise pour la facturation concernant l’entretien de la voiture de Jack (il l’utilise de manière raisonnable, mais je reçois la facture maintenant) », a écrit le financier, comme le rapporte le média d’investigation. Selon Mediapart, Jeffrey Epstein aurait donc pris en charge des déplacements de Jack Lang en France.
La question d’une « voiture et d’un chauffeur pour Jacques » avait déjà fait l’objet d’un mail de Jeffrey Epstein à Etienne Binant en décembre 2017, explique le média en ligne, qui précise que l’homme d’affaires faisait souvent une faute d’orthographe sur le prénom du Français. Jack Lang n’a démenti qu’à moitié ces informations auprès de Mediapart : « Je n’ai jamais eu ni voiture ni chauffeur. Des taxis peut-être. C’était alors [une charge financière] en moins pour l’IMA. »
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De plus, si Jack Lang affirme que l’homme d’affaires n’était « pas un ami », un autre courriel d’Etienne Binant à destination de Jeffrey Epstein indique que « Jack a insisté personnellement pour que tu viennes pour son anniversaire. Jack est très discret, c’est réservé à son cercle intime, et ça compte beaucoup pour lui ».
Cet article a été publié en premier sur https://www.nouvelobs.com/justice/20260207.OBS112197/affaire-epstein-jack-lang-propose-de-demissionner-de-l-institut-du-monde-arabe.html