France. Vingt-trois Fonds régionaux d’art contemporain (Frac) pour sept régions métropolitaines et un territoire ultramarin : en 2015, le redécoupage des collectivités, prévu par la loi NOTRe, engendre une vive inquiétude au sujet de l’avenir des Frac, symboles de la décentralisation culturelle des années Lang. « Il y a fort à craindre que la constitution des sept grandes régions entraîne la disparition de nombreux Frac au profit d’une recentralisation régionale », peut-on lire dans la question écrite adressée par le député socialiste Hervé Féron à la ministre de la Culture d’alors, Fleur Pellerin, onze jours après l’adoption de la réforme. Les subventions des régions représentant 50 % du budget des Frac, la question de l’orientation budgétaire des nouvelles collectivités est alors au cœur des préoccupations, d’autant que certains territoires doivent désormais composer avec deux voire trois Frac, à l’instar de la Nouvelle-Aquitaine et du Grand Est.
Trois perspectives se dessinent pour les Frac dans les années qui suivent la réforme : le statu quo, la recherche de synergies et la fusion des structures situées sur un même territoire. Le regroupement des Frac au sein d’une même entité administrative est, contre toute attente, choisi par un faible nombre de régions. Envisagée un temps par le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté pour les Frac dijonnais et bisontin, la fusion ne trouve finalement une issue favorable que sur le seul territoire normand, où le regroupement du Frac Normandie Caen et du Frac Normandie Rouen donne naissance au « Frac Normandie » en 2020. La loi NOTRe est donc surtout une « occasion pour les exécutifs régionaux de repenser ou réinterroger, non pas la carte des Frac, mais leurs rôles et missions, voire leurs statuts », d’après le rapport de la mission prospective sur les Frac, réalisé par l’Inspection générale des affaires culturelles en 2021.
En Auvergne-Rhône-Alpes, la voie de la collaboration
La question de l’avenir du Frac Auvergne, à Clermont-Ferrand, et de l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, à la fois Frac et centre d’art, n’a été posée que tardivement par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Il aura pour cela fallu attendre la double vacance de direction engendrée par le départ de Jean-Charles Vergne du Frac Auvergne en 2023 puis de Nathalie Ergino de l’IAC l’année suivante. « L’État et la Région Auvergne-Rhône-Alpes ont souhaité se saisir de cette opportunité et ont commandé une étude permettant d’établir un état des lieux comparatif de chaque structure, explique-t-on à la Région. L’objectif : interroger leur fonctionnement et leur déploiement sur chacun des territoires afin de réfléchir aux possibilités de collaboration entre les deux associations. »
À l’issue d’un audit réalisé pendant toute l’année 2024, le bureau d’études « Culture et territoires » a exposé ses conclusions et ses hypothèses à l’État et à la Région en décembre 2024. Si la piste de la fusion a rapidement été écartée, la voie de la collaboration accrue entre les structures a quant à elle été jugée pertinente et placée au cœur du processus de recrutement des nouvelles directions. « À partir des résultats de l’étude, l’État et la Région souhaitent que les directions nouvellement recrutées à l’automne 2025 travaillent au profit d’une même dynamique de diffusion en région, tendent vers des objectifs partagés et vers un déploiement concerté des missions en matière d’acquisition, de programmation et de politique des publics », explique le conseil régional. Un autre levier de rapprochement concerne la gouvernance : l’État et la Région appellent à la « refonte des statuts des associations pour permettre à chacun des Frac d’être réciproquement représenté dans les instances ».
« Je suis très heureuse qu’ils n’aient pas fait le choix d’une direction commune pour les deux Frac, c’est une force d’agir en complémentarité », s’enthousiasme Isabelle Reiher, nommée à la tête de l’IAC en novembre dernier, un mois après l’annonce de la nomination d’Élise Girardot à la direction du Frac Auvergne. Premier axe à avoir été évoqué par les deux femmes dès le mois de décembre, un mois avant leur prise de poste : la programmation. « On envisage de concevoir ensemble des expositions à partir des deux collections », avance la directrice de l’IAC. Certaines se tiendront dans les salles d’exposition in situ des deux établissements. « Joindre nos forces nous permettra de trouver plus facilement des partenaires pour les coproduire et donc les faire voyager », explique Isabelle Reiher. Les deux directrices entendent également s’associer pour développer des projets d’expositions hors les murs. « Les expositions sur le territoire se déploieront dans des lieux partenaires dédiés aux arts visuels, comme les centres d’art, mais aussi dans des gares, des bibliothèques, des centres d’archives et, bien sûr, des établissements scolaires », précise Élise Girardot. Les échanges et le partage de compétences entre les équipes des deux Frac devraient par ailleurs être renforcés par l’élaboration de dispositifs de médiation communs et la coordination de leur communication externe. Enfin, Élise Girardot et Isabelle Reiher souhaitent que leurs comités techniques d’acquisition disposent d’un membre commun.
L’orientation choisie par la Région Auvergne-Rhône-Alpes pour ses deux Frac n’est pas sans rappeler le « projet d’archipel » élaboré par la Région Grand Est, il y a dix ans, pour les Frac Lorraine, Alsace et Champagne-Ardenne. Ses prémices étaient d’ailleurs analogues : à la suite du départ des trois anciennes directions, le conseil régional du Grand Est et l’État ont élaboré un cahier des charges en 2016 et 2017 appelant à des formes de mutualisation et à une collaboration entre les trois Frac, qui a présidé au recrutement parallèle de trois directrices en 2018. Mais « la collaboration reste limitée avec des expositions et projets partagés mais en faible nombre », estimait l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) en 2021. La situation ne semble pas avoir beaucoup bougé en cinq ans. L’avenir dira si les synergies en Auvergne-Rhône-Alpes se montrent plus fructueuses.
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