Le faux suspens du budget culture 2026

Voilà comment on pourrait résumer le projet de budget Culture en 2026. Reprenons. Le pétard mouillé, c’est l’adoption en séance, le 31 octobre dernier, d’un amendement assujétissant les œuvres d’art à l’impôt sur la fortune immobilière, renommé impôt sur la fortune improductive. Naturellement, cette mesure suscite une bronca dans le milieu de l’art, inquiet des conséquences d’une telle taxation sur le marché. Mais lorsqu’il s’est agi de voter, en première lecture en novembre dernier, l’ensemble du projet de budget 2026 de l’État, il ne s’est trouvé qu’un seul député pour l’approuver. Au final, cette disposition ne figure pas dans le texte adopté, le gouvernement ayant eu recours à l’article 49.3. De même, les objets d’art ne figurent pas dans la taxe de 20 % sur les « holdings patrimoniales », reposant sur des actifs non professionnels tels que des bijoux ou des yachts.

Le tour de passe-passe, c’est l’augmentation de 18 millions d’euros des crédits de paiement du programme Transmission des savoirs et démocratisation culturelle, qui inclut le Pass culture, hausse compensée par la diminution des crédits du programme Patrimoine (- 8 M€) et du programme Création (-12 M€). La mission Culture, qui avait déjà perdu 171 M€ dans le projet initial par rapport à la loi de finances 2025, a de nouveau été rabotée de 3 M€, portant la baisse totale à 4,42 % par rapport à 2025. Petite consolation pour le patrimoine : les dons destinés à la restauration du château de Chambord sont défiscalisés à hauteur de 75 %.

Le temps perdu, enfin, tient à la durée de la discussion, qui a abouti à un texte très proche de celui présenté en septembre dernier. Les opérateurs culturels nationaux ne connaissent que maintenant leur subvention, tandis que les lieux culturels financés par les collectivités locales ont dû attendre que leur tutelle soit fixée sur leur dotation globale de fonctionnement. Trois mois et demi de discussion pour aggraver le déficit budgétaire, passé de 4,7 % dans l’épure d’octobre 2025 à 5 % dans le texte adopté le 2 février, et pour mettre la poussière – les problèmes structurels de la France – sous le tapis : ce n’est pas glorieux.

À peine l’épisode « budget » achevé, démarre une nouvelle séquence de distraction avec la campagne des municipales, qui met en pause de nombreux projets, en particulier culturels. Les accros à cette série peuvent se rassurer : s’annonce déjà le troisième épisode, centré sur les présidentielles de 2027.

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