New York. Signe des difficultés économiques que traversent les musées américains, le Metropolitan Museum de New York a vu se constituer, il y a quelques jours, l’une des plus importantes cellules syndicales du secteur culturel américain. Près de la moitié des effectifs, 900 sur 2 000, a souhaité s’aligner sous la bannière du Met Union, nom de baptême du nouveau syndicat. Parmi eux, le personnel d’accueil, de médiation, les vendeurs des boutiques mais aussi, comme le confie au Journal des Arts la conservatrice Rebecca Capua, investie dans la nouvelle organisation, une majorité des personnels scientifiques (quelques conservateurs, mais beaucoup de restaurateurs, curateurs, chercheurs, surtout parmi les plus récemment recrutés).
Ce qui a créé cet élan collectif, dans un secteur où la syndicalisation est assez récente, est la « prise de conscience de la dégradation des conditions de travail au fil des crises financières, en 2009, en 2016 puis durant la pandémie ». Des décisions de la direction ont été de plus en plus contestées en privé comme l’utilisation répétée de contrats de travail courts, les réductions de personnel, l’augmentation de la charge de travail, le programme d’avantages sociaux très onéreux, la réduction du télétravail…
La vie est très chère à New York
Les membres du personnel ont aussi relevé des inégalités salariales. Plusieurs témoignages s’accordent avec celui de Rebecca Capua : « Même si le musée paie mieux que certains musées, il y a encore beaucoup d’inégalités salariales », relève la conservatrice. Les 600 plus gros salaires du MET sont en moyenne, selon la direction, de 100 000 $ annuel (soit 84 000 € au taux actuel de l’euro qui est très élevé en ce moment) alors qu’il est de 78 000 € en moyenne à New York. Mais « New York est incroyablement chère, selon Rebecca Capua interrogée, et pour les derniers arrivés, qui gagnent moins, il devient difficile de s’en sortir. Ils ne peuvent pas se permettre de vivre à New York. Ils doivent rembourser leur prêt étudiant. La garde d’enfants devient de plus en plus chère… » Il est vrai que selon le New York State Office of Children and Family Services (OCFS), les coûts annuels moyens pour la garde d’enfants en préscolaire oscillent entre 16 900 $ et 26 000 $ (14 000 € et 22 000 €). Par ailleurs, les salariés interrogés souhaitent plus de transparence dans les décisions prises par la direction. Ils regrettent par exemple de n’avoir aucune information sur les salaires.
Les perspectives professionnelles se sont alors un peu assombries, éreintant les promesses de l’American Dream où tout un chacun pouvait, à force de travail, grimper les échelons. Depuis 2021, les plus inquiets ont contacté Local 2110, l’organisation syndicale qui chapeaute de nombreux musées new-yorkais dont le Guggenheim Museum ou le MoMA. L’un de ses leaders, Maida Rosenstein, accompagne le personnel du MET depuis quatre ans. Elle souligne ses efforts qui ont permis de convaincre, presque un à un, les salariés du MET de voter à 542 « pour » et 171 « contre » la création de l’Union Met.
Comment se fait-il que le MET n’ait jamais eu de syndicat (à part deux petits syndicats dont celui du personnel de sécurité) ? Maida Rosenstein parle d’une « vague de syndicalisation dans les musées aux États-Unis, ces sept ou huit dernières années ». Elle évoque « l’énorme expansion des musées et du tourisme » qui a eu lieu durant les dernières décennies, et a fait que « beaucoup de musées ont connu une croissance exponentielle avec de nombreux visiteurs, l’expansion de leurs programmes et de leur personnel. » Alors « les salaires ont vraiment flambé au sommet de la hiérarchie. Des tensions ont commencé à apparaître en raison des fortes inégalités entre les hauts dirigeants et les personnes sur le terrain. Et là ! La pandémie est survenue et beaucoup de gens ont été licenciés ». Pourtant, le rythme des expositions s’est accéléré et la direction a poursuivi des investissements de grande envergure dans la transformation des bâtiments, ce qui a contribué à l’incompréhension face aux changements des conditions de travail. Le syndicat a pour ambition de pallier ce sentiment d’injustice en structurant les revendications du collectif pour, comme le résume la conservatrice Rebecca Capua : « Avoir une voix dans nos conditions de travail et s’assurer que le musée ne puisse pas opérer de changements substantiels sans consulter le personnel. » Contacté, le MET n’a pas retourné notre appel.
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