La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, a demandé à ses opposants versés dans « l’extrémisme » de « rester à Washington » dans une allusion à la cheffe de l’opposition et Prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado.
Sans jamais nommer directement Mme Machado, la présidente par intérim a prononcé ces avertissements lors d’une cérémonie réunissant quelque 3 200 militaires au Fuerte Tiuna. C’est dans cette enclave militaire de Caracas qu’a été capturé le président Nicolas Maduro le 3 janvier par l’armée américaine. Les militaires présents mercredi ont juré loyauté à Mme Rodriguez.
« Que viennent tous ceux qui aiment véritablement le Venezuela, mais que ceux qui cherchent à perpétuer les dommages et l’agression contre le peuple vénézuélien restent à Washington ! », a-t-elle lancé, fustigeant l’« extrémisme ». « Ils n’entreront pas ici pour nuire à la paix et à la tranquillité de la République : il y aura la loi et il y aura la justice », a-t-elle menacé.
« Nous sommes disposés à l’entente, nous sommes disposés au dialogue, mais nous ne sommes pas disposés à une autre agression », a encore dit la présidente par intérim.
Maria Corina Machado a soutenu l’intervention qui a conduit à la capture de Nicolas Maduro par l’armée américaine le 3 janvier. Mercredi, elle a rencontré le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, à Washington. « Je pense que personne n’a confiance en Delcy Rodriguez », a-t-elle dit ensuite aux journalistes.
Empêchée de se présenter au scrutin présidentiel de 2024, l’opposante avait été contrainte de se réfugier dans la clandestinité, avant de parvenir à quitter le pays pour recevoir son prix Nobel à Oslo en décembre, gagnant ensuite les Etats-Unis.
Washington évoque des « progrès satisfaisants »
Washington entretient cependant une relation ambiguë avec cette figure de proue de l’opposition, disant la soutenir mais préférant traiter avec les autorités par intérim jusqu’à nouvel ordre.
Mercredi, Marco Rubio a défendu cette politique, évoquant « des progrès satisfaisants » dans les relations des Etats-Unis avec les autorités à Caracas. Mme Rodriguez a depuis début janvier signé des accords pétroliers avec les Etats-Unis, promis une réforme législative et la libération de prisonniers politiques, et procédé à de nombreuses nominations.
Lors de la cérémonie mercredi à Caracas, l’armée et la police ont à nouveau juré fidélité à la présidente par intérim. « Nous jurons loyauté et soumission absolue », a déclaré le ministre de la défense, Vladimir Padrino Lopez, qui a remis à Mme Rodriguez le bâton symbolisant le commandement en chef des armées ainsi que l’épée de Simon Bolivar, héros de l’indépendance vénézuélienne.
Le puissant ministre de l’intérieur, Diosdado Cabello, a également prêté allégeance à Mme Rodriguez au nom de la police, déclarant : « Notre loyauté envers la Constitution nationale et sa présidente par intérim est absolue, car nous comprenons que défendre son action, c’est défendre la continuité du gouvernement et l’intégrité du peuple vénézuélien (…) Sous son commandement, nous garantirons avec efficacité l’ordre intérieur et la protection du peuple. » L’armée avait affirmé son soutien à Delcy Rodriguez dès le 4 janvier.
Le secrétaire d’Etat américain a dit mercredi lors d’une audition devant une commission parlementaire entrevoir une présence diplomatique américaine permanente au Venezuela dans un « avenir proche, ce qui nous permettra d’obtenir des informations en temps réel et d’interagir avec les autorités vénézuéliennes ainsi que des membres de la société civile ».
La semaine dernière, les Etats-Unis ont nommé Laura Dogu, ancienne ambassadrice au Nicaragua et au Honduras, au poste de chargé d’affaires des Etats-Unis au Venezuela, basée pour l’instant à Bogota, en Colombie.
Les deux pays n’ont plus de relations diplomatiques depuis 2019, à la suite d’une première réélection de Nicolas Maduro entachée de fraudes selon Washington qui avait alors adopté une batterie de sanctions.
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