« Garantir un logement digne aux enfants confiés à la protection de l’enfance, c’est faire un choix politique »

S’il y a bien un objet de consensus transpartisan en France, c’est la nécessité de réparer notre modèle de protection de l’enfance, aujourd’hui à bout de souffle. En témoigne l’adoption à l’unanimité en avril dernier du rapport de la commission d’enquête parlementaire menée par la députée [socialistes et apparentés, Val-de-Marne] Isabelle Santiago, qui dénonçait « un impensé des politiques publiques ».

Depuis, le gouvernement a dévoilé les contours d’un projet de loi destiné à « refondre le modèle de la protection de l’enfance » et attendu pour le premier semestre 2026. L’intention est nécessaire. Elle devra s’accompagner d’une enveloppe budgétaire à la hauteur des ambitions affichées, sans quoi nous en resterons aux effets d’annonce. Elle devra aussi s’accompagner d’une mobilisation réelle et collective, à tous les niveaux de responsabilité et à tous les étages de l’action publique. Car la crise que traverse la protection de l’enfance est profonde et a plusieurs sources.

Il y a en premier lieu la grave pénurie de professionnels résultant de la crise d’attractivité sans précédent qui frappe le secteur du travail social. Sans un vaste plan de revalorisation de ces métiers, il ne pourra y avoir de remise à flot de la protection de l’enfance. La sénatrice Annie Le Houérou a déposé une proposition de loi allant dans ce sens, mais son texte, bien qu’adopté en ce début d’année, a été vidé de sa substance. Il reviendra à l’Assemblée nationale d’en restituer la portée initiale.

La protection de l’enfance est aussi la victime collatérale des faiblesses structurelles d’autres politiques publiques. Les carences de la psychiatrie et de la santé mentale, l’insuffisance de réponses adaptées au handicap, les difficultés persistantes de l’école à prévenir et à repérer, les lenteurs de la justice des mineurs : autant de défaillances des grands services publics nationaux dans ses missions qui se répercutent directement sur les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE).

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