Le documentariste Frederick Wiseman au Festival de Cannes, en 2024. LOIC VENANCE/AFP
Il avait les paupières lourdes de l’homme qui a vécu, le regard vif de celui qui en veut encore et des oreilles géantes qui lui servaient, dit-il, de « bullshit meter » (« détecteur de conneries »). Son physique et son patronyme de vieux sage cachaient une insolence d’enfant, un humour pince-sans-rire, un esprit ravageur. Frederick Wiseman était un cinéaste immense. Né en 1930 à Boston (Massachusetts), d’un père juif et avocat, dans une Amérique où l’antisémitisme battait son plein, il enseigne le droit quand, en 1967, choqué par ce qu’il découvre au sein d’une prison psychiatrique du Massachusetts, il décroche l’autorisation d’y filmer et, grâce à de nouveaux équipements plus légers – ceux-là mêmes qui permirent l’éclosion de la Nouvelle Vague –, signe « Titicut Follies ». Un choc, pavé dans la mare et miroir terrifiant d’une Amérique de la fin des années 1960 déjà à feu et à sang (guerre du Vietnam, assassinats de JFK et de Martin Luther King, mouvement des droits civiques, contre-culture). « Titicut Follies » y est interdit d’exploitation durant vingt-trois ans mais lance la carrière d’un des plus grands documentaristes. Auteur en quelque soixante années de près de 50 films qui composent une anthropologie de son temps.
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On a souvent résumé son œuvre à une exploration des institutions et des lieux de pouvoir. Lui disait s’intéresser à des microsociétés humaines, se réclamait des grands absurdes Beckett et Ionesco et avait cette particularité, sur ses tournages, de prendre le son et de diriger le caméraman à l’oreill…
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