L’humour allégorique de Martin Parr

Photo – « L’exposition Martin Parr est née à la fois de la lecture de son blog et de ses prises de position sur le changement climatique et l’état délabré de notre planète de manière plus inquiète que par le passé », explique Quentin Bajac, directeur du Jeu de paume, co-commissaire avec le photographe, et la galeriste Clémentine de la Féronnière, de ce retour réussi sur plus de cinquante ans de travail passés à documenter la société de loisirs et de consommation, ses dérives et ses ravages.

Martin Parr (1952-2025) n’est pas un inconnu en France comme l’ont rappelé les différents hommages, lors de sa disparition l’année dernière. Ses photographies aux couleurs saturées, son regard critique, parfois féroce, ont révolutionné le genre documentaire et ont fait l’objet de multiples expositions et éditions d’ouvrages. Cette rétrospective se distingue par son articulation en thématiques (plage, consommation, tourisme, règne animal et addictions technologiques), mais aussi par le mélange à l’intérieur de chacune, de photographies de différentes séries, dont systématiquement une de ses débuts en noir et blanc – telle cette photographie d’une piscine, concentration de corps de toutes générations, réalisée, en 1972, dans un camp de vacances de la chaîne britannique Butlin’s qui l’avait l’engagée comme photographe. Il avait alors tout juste 20 ans. « Très tôt, Martin Parr a fait sien l’un des credo d’une de ses grandes influences, le photographe anglais Tony Ray-Jones (1941-1972) qu’il rencontra au début des années 1970 : « Do not take boring photographs » (« Ne pas prendre de photographies ennuyeuses »), rappelle Quentin Bajac dans le catalogue. Cette stratégie d’accessibilité est au cœur de sa démarche de photographe : séduire pour mieux détourner, attirer pour mieux interroger. » Et ce, avec un humour allégorique qui n’a jamais perdu de son intensité, ni de son mordant, y compris vis-à-vis de lui-même, à l’image de ses autoportraits commencés dans les années 1990, mais curieusement absents de l’exposition.

« Martin Parr Global Warning »,

Jeu de paume, 1, place de la Concorde, Jardin des Tuileries, Paris-1er, www.jeudepaume.org

Cet article a été publié dans L’ŒIL
n°793 du 1 mars 2026, avec le titre suivant : L’humour allégorique de Martin Parr

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