Elles ont fait la guerre

Julie Deliquet adapte un éventail de récits inouïs récoltés par Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2025, relatant la guerre vécue par des femmes qui s’y sont engagées sans ciller.

Théâtre –  Il est difficile de décrire les états multiples et denses dans lesquels nous plonge cette fresque de témoignages, recueillis par Svetlana Alexievitch dans son livre La Guerre n’a pas un visage de femme (1985), et que Julie Deliquet porte à la scène avec une pertinence et une nécessité folle, épaulée par une distribution haut de gamme. Dix comédiennes dont des fidèles de ses précédentes créations, engagées jusqu’à la moelle pour transmettre l’indicible : la guerre dans toute son effarante atrocité. Ici, il n’y a pas de représentation qui tienne, pas de personnage à jouer, l’enjeu est ailleurs et au-delà, il s’agit de raconter dans toute l’importance que ce verbe revêt, oraliser dans l’espace sacré du théâtre ce qui ne peut être oublié, ce qui ne doit pas sombrer dans le silence étouffé de la honte et de la censure. Prix Nobel de littérature en 2015, l’autrice biélorusse s’est employée à aller à la rencontre de femmes ayant activement participé à la riposte soviétique à la suite de l’invasion de l’armée allemande. La Seconde Guerre mondiale bat son plein ; le pays est encore l’URSS et ces jeunes femmes venues d’Ukraine, de Biélorussie ou de Russie se mobilisent corps et âme pour la défense de leur pays en tant que pilote, infirmière, tireuse d’élite et autres rôles aux premières loges du conflit. Julie Deliquet a imaginé un dispositif où seule la scénographie illustre l’époque – costumes de rigueur et reconstitution d’un appartement communautaire. À l’intérieur, les voix se lèvent, interrogées par la comédienne Blanche Ripoche (alias la journaliste) et nous plongent dans une histoire que l’on n’entend jamais, l’intimité de la guerre et ses répercussions sur les personnes. D’une force de frappe fracassante, d’une tenue admirable, le spectacle agit comme une déflagration lente au fur et à mesure que se libère la parole inoubliable de ces femmes tout à la fois ordinaires et impressionnantes.

« La Guerre n’a pas un visage de femme »,

mise en scène de Julie Deliquet, adapté de l’œuvre de Svetlana Alexievitch.Du 11 et 12 mars à la Comédie de Caen, CDN de Normandie.Les 18 et 19 mars au Grand R – Scène nationale, La Roche-sur-Yon. Le 27 mars à L’Archipel – Scène nationale, Perpignan. Du 31 mars au 3 avril au Théâtre de la Cité, CDN Toulouse Occitanie…

Cet article a été publié dans L’ŒIL
n°793 du 1 mars 2026, avec le titre suivant : Elles ont fait la guerre

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