
C’est l’histoire d’une femme de 31 ans, souffrant de douleurs chroniques, admise dans un centre de rééducation afin de poursuivre un traitement antibiotique administré par voie intraveineuse. Depuis plusieurs semaines, elle présente de multiples nodules douloureux, inflammatoires et récidivants sur les fesses et aux extrémités des bras et des jambes. Certains abcès ont nécessité des drainages chirurgicaux.
À son admission, plusieurs drains sont encore en place pour évacuer ces abcès. Les prélèvements bactériologiques ont mis en évidence un staphylocoque doré. Sur le plan strictement infectieux, le tableau semble cohérent, à ceci près que rien n’explique réellement la répétition, la localisation et l’évolution atypique de ces lésions. Quelque chose ne colle pas.
Les médecins envisagent progressivement plusieurs maladies susceptibles d’expliquer ces lésions cutanées chroniques et atypiques : vascularite (maladie inflammatoire des vaisseaux sanguins), sclérodermie (atteinte du tissu conjonctif et des vaisseaux), connectivite mixte (maladie inflammatoire chronique pouvant toucher de nombreux organes). Tous les examens réalisés pour ces diagnostics reviennent négatifs. Un détail frappe pourtant rétrospectivement : jamais, au cours de ces explorations répétées, les lésions cutanées persistantes n’ont fait l’objet d’une biopsie.
L’histoire personnelle de la patiente ajoute une couche de complexité à ce cas rapporté en août 2025 par Philip Cohen et ses collègues dermatologues de l’Université de Californie à Davis (Sacramento, Californie) dans le Dermatology Online Journal. Cette patiente trentenaire, qui souffre d’anxiété et de dépression, a consulté un psychiatre durant ses années universitaires. Surtout, elle a été évaluée à de multiples reprises dans différents hôpitaux, toujours pour les mêmes douleurs et les mêmes lésions cutanées. À chaque fois, les bilans biologiques complets se sont révélés négatifs. Les symptômes, eux, n’ont jamais disparu.
Un épisode intrigue particulièrement les soignants : lors d’une hospitalisation antérieure, la patiente a quitté l’établissement de manière précipitée après que le personnel a entrepris de fouiller sa chambre.
Peu à peu, les soignants commencent à envisager une hypothèse difficile à formuler : et si ces plaies étaient en réalité auto-infligées ? La patiente est alors directement questionnée sur sa responsabilité dans la survenue de ses lésions, ce qu’elle nie fermement. Un avis psychiatrique est demandé, mais il n’aura jamais lieu.
Dix-neuf jours après son admission, la patiente est retrouvée morte dans son lit, dans sa chambre d’hôpital. Le décès est totalement inattendu. Compte tenu du contexte, le cas est signalé au médecin légiste, qui ordonne une autopsie.
La fouille de la chambre, réalisée après le décès, révèle des éléments troublants : 10 emballages vides de patchs de fentanyl et 19 comprimés d’hydromorphone. Une ordonnance, portant sur 120 comprimés d’hydromorphone, a été délivrée huit jours auparavant, alors que la patiente était déjà hospitalisée. L’enquête établira que son compagnon a apporté ces médicaments trois jours avant le décès, la patiente lui ayant expliqué qu’elle en aurait besoin à sa sortie de l’hôpital.
Cette mort marque un basculement. Ce qui était jusque-là une énigme dermatologique et infectieuse devient une affaire médicolégale. Et c’est précisément à ce stade que la dermatologie – et plus encore la dermatologie médico-légale – va jouer un rôle déterminant dans la compréhension de ce qu’il s’est réellement passé.
Trouble factice imposé à soi-même
Cette patiente souffre d’un trouble factice imposé à soi-même (TFIS), trouble mental caractérisé par un comportement délibéré de production ou de simulation de symptômes, en l’absence de bénéfice externe clairement identifiable. Seule une partie de ces patients correspond au profil stéréotypé d’une jeune femme exerçant une profession de santé. Plus précisément, cette patiente trentenaire présente un syndrome de Münchhausen, qui constitue une forme particulière de TFIS.
Décrit pour la première fois en 1951 par le médecin britannique Richard Asher, le syndrome de Münchhausen se caractérise par sa sévérité, la fréquence des actes chirurgicaux, une tendance à l’affabulation et aux mensonges mégalomaniaques (pseudologia fantastica) et un nomadisme médical parfois qualifié de « pérégrination ». Il touche principalement les hommes, contrairement à la forme plus commune du trouble factice imposé à soimême.
Il est essentiel de distinguer le syndrome de Münchhausen du syndrome de Münchhausen par procuration. Dans ce dernier, l’individu provoque ou simule des symptômes chez une autre personne, le plus souvent un enfant placé sous sa responsabilité, afin d’endosser indirectement le rôle du soignant dévoué.
Dans le cas présent, c’est la personne qui provoque elle-même ces lésions sur son propre corps. Il s’agit d’un syndrome de Münchhausen dans sa forme cutanée, qui occupe une place particulière parmi les différentes expressions de ce syndrome. Le syndrome de Münchhausen cutané constitue un véritable défi diagnostique, y compris pour des cliniciens expérimentés.
Les lésions de la peau, et parfois des muqueuses, sont au premier plan. Ulcérations persistantes, nodules et abcès récidivants, plaies ne cicatrisant pas malgré des soins adaptés : les formes sont variées, mais elles ont toutes un point commun, elles résistent de façon inexpliquée aux traitements.
Ces lésions sont provoquées ou entretenues volontairement par le patient. Dans la majorité des cas décrits, le mécanisme repose sur l’injection de substances étrangères dans la peau ou les tissus mous, déclenchant une réaction inflammatoire locale intense. Il peut s’agir de médicaments écrasés et dissous, de produits divers ou de matériaux non stériles.
Cliniquement, la présence de ces substances étrangères entraîne des signes très concrets : rougeur (érythème), gonflement (œdème), douleur, nécrose localisée, large destruction tissulaire. Les lésions évoluent vers des abcès ou, plus fréquemment encore, vers des ulcérations chroniques récidivantes qui ne cicatrisent pas, malgré des soins adaptés.
Leur aspect peut évoquer tour à tour une infection profonde, une vascularite, une maladie auto-immune, un trouble intrinsèque de la cicatrisation, voire une tumeur maligne. Cette richesse sémiologique explique pourquoi les patients sont souvent soumis à des explorations lourdes et répétées. Tant que l’hypothèse d’un trouble factice imposé à soi-même n’est pas envisagée, l’errance diagnostique peut se prolonger pendant des années.
Rôle essentiel de la biopsie cutanée
Les prélèvements biopsiques jouent ici un rôle central. Lorsqu’elle révèle une inflammation associée à des corps étrangers, visibles sur les coupes histologiques en lumière polarisée, la biopsie de la lésion cutanée constitue un argument majeur en faveur d’une auto-inoculation. Dans le cas de cette femme de 31 ans porteuse de nodules et d’abcès réfractaires, cette preuve histologique n’a été obtenue qu’après le décès.
Les formes fatales du syndrome de Münchhausen sont rarement rapportées dans la littérature médicale, et probablement sous-estimées, soit parce que le diagnostic n’est jamais posé, soit parce que la mort est attribuée à une cause immédiate – infection, intoxication médicamenteuse – sans que le trouble factice sous-jacent ne soit reconnu.
À ce jour, les auteurs de ce cas recensent dix-neuf décès liés à un syndrome de Münchhausen. Parmi eux, certains étaient dus à des complications d’auto-administration de médicaments, à des surdosages (insuline, hormone thyroïdienne), ou encore à l’interruption de traitements indispensables tels que l’insuline ou la metformine. La patiente qu’ils décrivent constituerait, à leur connaissance, le seul cas publié de forme cutanée ayant évolué vers une issue fatale.
La corrélation entre l’histoire médicale, le parcours de soins et les données de l’autopsie peut alors permettre, a posteriori, d’établir le diagnostic de syndrome de Münchhausen.
La dermatologie médico-légale occupe une place centrale dans cette démarche : l’examen attentif des lésions cutanées et leur analyse histologique révèlent souvent ce que la clinique, de son vivant, n’a pas su voir.
Les biopsies cutanées post-mortem de cette jeune femme trentenaire montrent une inflammation marquée du derme et de l’hypoderme, associée à la découverte en grande quantité d’un matériel étranger polarisable. Au microscope, les anatomopathologistes le détectent car celui-ci est visible à la lumière polarisée. Ces particules étrangères déclenchent une réaction inflammatoire spécifique : l’organisme tente de les isoler en formant des granulomes. Un tel aspect d’inflammation granulomateuse oriente fortement vers une inoculation volontaire de substances étrangères, destinée à provoquer de nouvelles lésions cutanées ou à empêcher la cicatrisation de plaies préexistantes.
Des lésions strictement similaires sont observées sur les biopsies des poumons. En plus de l’épaississement du tissu de soutien autour des vaisseaux, des bronches et des alvéoles (fibrose pulmonaire interstitielle), on observe de nombreux granulomes contenant du matériel étranger polarisable. Deux mécanismes sont envisagés pour expliquer cette atteinte pulmonaire : le passage des particules étrangères de la peau vers les poumons par voie lymphatique ou sanguine, ou l’injection intraveineuse directe de ces substances.
L’aspect morphologique des particules retrouvées dans la peau et dans les poumons est comparable à celui décrit chez des usagers de drogues qui s’injectent des comprimés écrasés et dissous. Les chercheurs n’ayant pas pu analyser la nature chimique précise de ce matériel, il ne leur a pas été possible d’affirmer avec certitude que les opioïdes prescrits à la patiente constituaient la substance injectée.
Analyses toxicologiques post-mortem
Le sang prélevé au niveau d’une veine fémorale révèle des concentrations élevées d’hydromorphone (dérivé semi-synthétique de la morphine) et de fentanyl, ainsi que de leurs métabolites. L’analyse du contenu gastrique montre la présence d’une quantité particulièrement importante d’hydromorphone.
La conclusion médico-légale est sans ambiguïté : la cause du décès est liée aux effets toxiques combinés de l’hydromorphone et du fentanyl. Le mécanisme de la mort est une encéphalopathie anoxique, autrement dit une souffrance cérébrale liée au manque d’oxygène, conséquence classique d’un surdosage en opioïdes.
En revanche, le mode de décès ne peut être tranché : les éléments disponibles ne permettent pas de déterminer avec certitude s’il s’agit d’un accident ou d’un suicide. Le décès a donc été classé comme indéterminé.
À ce stade, le puzzle commence à s’assembler : les lésions cutanées, longtemps inexpliquées, apparaissent désormais comme la manifestation d’un syndrome de Münchhausen cutané, dont les conséquences ont été fatales.
En la matière, l’imagination de certains patients est proprement sidérante. Ils s’injectent volontairement, dans la peau ou les tissus voisins, toute sorte de matériel étranger : salive, lait, air, talc, sang, matières fécales, entre autres.
Une infirmière japonaise de 33 ans présentait depuis des mois des nodules et des ulcérations récidivantes, compliquées d’abcès sévères. Elle finit par développer un choc septique. L’enquête permettra de découvrir qu’elle s’injectait dans le derme et l’hypoderme un mélange de soja fermenté (« natto ») et de matières fécales. Les analyses bactériologiques ont retrouvé les mêmes germes que ceux contenus dans un liquide jaunâtre caché dans son sac. Malgré les preuves, elle a nié toute forme d’auto-agression.
D’autres patients utilisent des substances chimiques ou médicamenteuses : essence, térébenthine, talc, opioïdes broyés et dissous. Certains injectent de l’air dans les perfusions intraveineuses, d’autres des fragments de bois, parfois mélangés à du sang et à des bactéries. Les examens bactériologiques des lésions cutanées mettent en évidence une flore bactérienne hétérogène – streptocoques, staphylocoques et autres bacilles – que les médecins peinent à rattacher à un tableau clinique précis.
La présence du matériel étranger entraîne des rougeurs (érythème), des gonflements (œdèmes), des douleurs, une nécrose localisée ou une destruction tissulaire en profondeur, des plaies qui s’étendent au lieu de cicatriser. Les dégâts peuvent aller de la simple inflammation à une perte tissulaire massive, avec fièvre, hypotension et sepsis grave (septicémie).
Dotée d’une inventivité étonnante, une patiente teintait ses doigts avec un colorant textile bleu pour simuler un phénomène de Raynaud, affection due à un spasme des petits vaisseaux sanguins, le plus souvent en lien avec le froid, qui bloque la circulation du sang au niveau des doigts. Une autre appliquait sur sa peau un pigment visant à imiter un purpura, c’estàdire des taches cutanées dues à de petites hémorragies cutanées. Une troisième entretenait une inflammation des lèvres (chéilite végétante) en appliquant un mélange de gelée de pétrole, de spray capillaire et de miettes de biscuit, concoction suffisamment irritante pour résister à toutes les pommades prescrites.
Deux jeunes femmes provoquaient de fausses crises d’angio-œdème – un gonflement brutal, notamment du visage et de la gorge, que l’on attribue souvent à une piqûre d’insecte – en avalant de l’aspirine ou des fruits à coque alors qu’elles savaient y être fortement allergiques. Elles utilisaient ainsi leur véritable terrain allergique pour recréer, à répétition, la même situation d’urgence médicale.
À l’extrémité du spectre, on retrouve la panniculite traumatique auto-induite, ou syndrome de Secrétan : la main est frappée, comprimée par des garrots, malmenée jusqu’à gonfler. Décrit en 1901 par le médecin suisse Henri François Secrétan, ce syndrome correspond à un œdème dur du dos de la main. Ces œdèmes factices, liés à des traumatismes ou des compressions, sont appelés « œdèmes bleus », en référence à la description princeps de Charcot, et miment une pathologie rhumatologique ou vasculaire sévère.
Le syndrome de Münchhausen ne se limite pas à la peau
D’autres histoires cliniques montrent que le syndrome de Münchhausen ne se limite pas à la peau. Âgé d’une vingtaine d’années, un homme a cumulé, en quatre ans, 41 hospitalisations, toutes spécialités confondues, dans des villes d’Italie du Nord, du Sud, des îles, et même à l’étranger. Son abdomen portait les cicatrices d’innombrables interventions chirurgicales exploratrices. Ses testicules avaient été retirés à la suite de symptômes pelviens répétés, sans motif clairement identifié.
Partout, le même scénario : symptômes vagues mais alarmants, récits approximatifs, demandes insistantes d’examens lourds, départs précipités dès que les équipes commencent à douter ou tentent de reconstituer son histoire médicale à partir d’anciens dossiers. Il n’a ni médecin traitant déclaré, ni famille disponible, ni ancrage stable. Les psychiatres qui le verront plus tard décriront un « pèlerinage hospitalier » compulsif, une dépendance à l’institution commencée dès l’adolescence, comme si les hôpitaux constituaient pour lui une famille de substitution.
Un jour, ses jambes se mettent à gonfler : il présente un œdème massif des membres inférieurs, compatible avec une décompensation cardiaque aiguë. Hospitalisé en unité psychiatrique, il décède brutalement, probablement d’insuffisance cardiaque. Aucune autopsie n’a été réalisée. Ce cas laisse un goût amer : au milieu de symptômes en grande partie auto-induits, une cardiopathie sévère a peut-être été ignorée, minimisée ou rangée parmi les multiples plaintes de ce « faux malade ».
Simuler un AVC pour recevoir une thrombolyse
Le besoin de traitements peut aussi prendre une forme particulièrement insidieuse. Dans un centre de neurologie américain, dix patients ont été identifiés comme présentant un « syndrome de Münchhausen par tPA » : ils simulaient un accident vasculaire cérébral aigu pour recevoir, à répétition, ce médicament thrombolytique (tPA, ou activateur tissulaire du plasminogène) visant à dissoudre un caillot sanguin.
L’une d’elles, une femme de 30 ans, arrive à l’hôpital parce que, depuis une heure, elle présente un affaissement du côté gauche du visage et une faiblesse du bras et de la jambe gauches. Elle déclare avoir déjà eu de brefs épisodes du même type (accidents ischémiques transitoires), avec faiblesse du côté gauche, mais sans atteinte du visage. Elle indique avoir eu un bilan dans un autre hôpital et affirme n’avoir jamais reçu de traitement spécifique par thrombolyse pour un AVC. L’examen clinique fait craindre un accident vasculaire cérébral dans l’hémisphère droit du cerveau.
Ce n’est qu’ensuite qu’on découvre, en consultant les dossiers électroniques d’autres hôpitaux, qu’elle a déjà bénéficié au moins trois fois de ce même traitement en un an et demi, à chaque fois pour des symptômes proches, sans infarctus visible à l’IRM, et avec un examen neurologique redevenu normal au moment de la sortie. Interrogée, elle nie systématiquement avoir déjà reçu ce traitement, acceptant pourtant en connaissance de cause le risque d’hémorragie cérébrale. Elle affirme que ces dossiers ne sont pas les siens malgré les correspondances évidentes, attitude de déni fréquente dans le syndrome de Münchhausen.
Ces situations posent un dilemme redoutable : la thrombolyse n’est pas un geste anodin, avec un risque d’hémorragie intracrânienne symptomatique autour de 6 % en cas de véritable accident vasculaire cérébral, même si ce taux chute à moins de 1 % chez les patients simulant un AVC. Pourtant, en urgence, la règle reste de traiter sans tarder plutôt que de perdre du temps à lever tous les doutes : mieux vaut parfois administrer un tPA inutile que priver un patient d’un traitement dont l’efficacité dépend de chaque minute gagnée.
D’autres trajectoires sont moins spectaculaires, mais tout aussi dévastatrices. Aux États-Unis, une femme de 49 ans a cumulé, en quatre ans, près de quarante hospitalisations, soixante-dix passages aux urgences, une centaine de jours d’hospitalisation et une longue série d’opérations : ablation de la thyroïde, de l’appendice, de l’utérus, des ovaires, de la vésicule biliaire, dérivation du côlon (colostomie), sans oublier de nombreuses interventions chirurgicales consistant à ouvrir l’abdomen afin d’en examiner les organes, avant que le diagnostic de trouble factice ne soit enfin posé, quelques mois seulement avant son décès.
Cette femme était passée dans quasiment tous les services spécialisés : chirurgie vasculaire, urologie, oncologie, dermatologie, infectiologie, endocrinologie, cardiologie… Chaque équipe soignante n’a vu qu’un fragment de l’énigme, jamais le tableau complet. Ce n’est que quelques mois avant sa mort, à la faveur de complications répétées, que le diagnostic de trouble factice imposé à soimême a enfin été posé.
À Singapour, le parcours de soins d’une femme d’une vingtaine d’années a présenté un profil similaire : cinquantehuit hospitalisations, plus de cent cinquante passages aux urgences, plus de mille cinq cents consultations externes, une succession de diagnostics (migraines, tumeurs bénignes, réactions anaphylactiques, entorses de cheville opérées, infections périunguéales, inflammations douloureuses des tendons), le tout sur fond de surdosages médicamenteux et d’automutilations répétées au niveau du cou, du thorax, des flancs et des poignets. Chez cette patiente, la frontière était presque impossible à tracer entre maladie authentique, symptômes fabriqués et conduites auto-agressives. Son corps était devenu le support d’une errance médicale sans fin.
Ces histoires ont un point commun : elles montrent que le syndrome de Münchhausen, qu’il soit cutané ou non, n’est pas un simple caprice. C’est un trouble psychiatrique grave, souvent enraciné dans des parcours de vie marqués par des traumatismes, des violences physiques ou des négligences dans l’enfance. Il épuise les équipes soignantes, détourne des ressources, multiplie les actes diagnostiques et les procédures inutiles, tout en masquant parfois de véritables pathologies organiques.
Que retenir de ces trajectoires de soins, faites de lésions spectaculaires, récidivantes, rebelles aux traitements, dans un contexte d’explorations systématiquement négatives et d’errance hospitalière ? D’abord, que le syndrome de Münchhausen doit faire partie des hypothèses diagnostiques devant des tableaux incohérents ou réfractaires. Ensuite, que dans la forme cutanée, il convient de connaître le rôle crucial de la biopsie, susceptible de révéler la présence d’un matériel étranger et d’éviter des années d’investigations inutiles. Enfin, une collaboration étroite entre dermatologues, internistes, psychiatres et anatomopathologistes peut empêcher qu’un parcours de soins interminable ne se termine en tragédie.
Pour en savoir plus :
Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/realites-biomedicales/article/2026/02/16/syndrome-de-munchhausen-se-rendre-malade-jusqu-a-en-mourir_6666970_6579630.html