Comment Feu ! Chatterton a enflammé l’Accor Arena à grands coups de poésie et de stroboscopes

Arthur Teboul, lechanteur de Feu ! Chatterton, lors d’un concert à Nice en juillet 2025.

Arthur Teboul, lechanteur de Feu ! Chatterton, lors d’un concert à Nice en juillet 2025. DANIEL PIER / NURPHOTO VIA AFP

Le contexte : un métro bondé, des restaurants en flux tendu, une foule indisciplinée, une file d’attente flippante. Et ce, en dépit des éléments : une météo furax, le moral dans les Nike, cet hiver 2025/2026 installé semble-t-il pour l’éternité. Mais l’Accor Arena affichait complet pour le deuxième soir de suite : on y célébrait Feu ! Chatterton. Arthur Teboul, son auteur, son leader, semblait ne pas en revenir lui-même. On l’a même vu se jeter dans la foule comme pour vérifier que la fosse noire à perte de vue n’était pas un leurre, qu’on n’allait pas le réveiller brutalement. Entouré des quatre musiciens du groupe, sur une scène en échiquier et surplombée de cubes géants, il a tout donné. On l’a vu chanter, danser, transpirer, sauter, parler, pleurer, tomber la veste. Et recommencer.


Feu ! Chatterton ou le pari fou de potes du lycée Louis-Le-Grand de fonder un groupe entre rock et poésie, et de cartonner. Rejoints par deux autres musiciens, dix ans après un premier album, c’est fait. Mercredi soir 11 février, Arthur Teboul, Antoine Wilson, Sébastien Wolf, Clément Doumic et Raphaël de Pressigny ont concrétisé quelque chose de l’enfance. Alors, comment interpréter cette absence de regards échangés entre eux, du moindre petit signe de complicité avant l’accolade réglementaire de fin ? Comme si Arthur Teboul se produisait seul ; comme si les claviers, la batterie et les guitares étaient interchangeables.

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D’Albert Camus à Mylène Farmer


Sur scène, Arthur Teboul, le point médian entre Freddie Mercury et Marcel Mouloudji, a fait le tour des quatre albums de la formation avec, au milieu du concert, « la Mort dans la pinède », le premier single, ce coup d’essai publié dès 2015. A Bercy, transformé pour l’occasion en Maison de la Poésie géante, en costume cravate, l’homme à la moustache a laissé lentement l’ambiance s’installer jusqu’à « Allons voir », cet hymne aux vertus thérapeutiques, une invitation au mouvement, une incitation à lâcher le canapé, à laisser sur la table basse ses habitudes et ses peurs pour quelque chose.



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Debout, L’Accor Arena semblait partante, elle qui avait justement bravé la flemme hivernale pour venir ici. « Ce qu’on devient » et « Monde nouveau », allaient renforcer plus tard dans la soirée l’idée d’imaginer demain.



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Le concert, à base de paroles exigeantes, de gros son et de stroboscopes, n’a visiblement pas attiré le moindre people, à part Albert Camus aperçu au moment de « l’Etranger », et l’esprit de Mylène Farmer le temps d’une reprise aux accents baudelériens de « Désenchantée ». Vu, aussi, le tandem Louis Aragon/Léo Ferré au premier rappel avec « l’Affiche rouge », un classique du groupe depuis qu’il l’a interprété lors de la panthéonisation de Missak Manouchian. De « Sous la pyramide » à « Labyrinthe », il y avait du très haut niveau mercredi soir.



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