« Le “réarmement démographique” ne peut se construire contre les femmes »

Pour la première fois en France, en 2025, le nombre de décès (651 000) dépasse celui des naissances (645 000) selon l’Insee. L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus faible depuis la fin de la première guerre mondiale, très en deçà du seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1. Il dépassait 2,5 dans les années 1960.

Ce solde négatif est présenté comme un signal d’alarme. D’où l’émergence d’un vocabulaire martial, celui du « réarmement démographique » [expression utilisée par Emmanuel Macron en janvier 2024] qui suggère l’urgence et la mobilisation. Mais ce discours culpabilise quasi exclusivement les femmes en opérant une sorte de glissement normatif fondé sur une triple injonction.

Une injonction temporelle, d’abord : l’âge moyen du premier accouchement, aujourd’hui de 31 ans, est régulièrement invoqué. Il était en moyenne de 27 ans dans les années 1960. Il existerait un âge idéal pour enfanter, bien avant 30 ans, après quoi l’horloge biologique deviendrait une menace, nourrissant l’angoisse des femmes trentenaires. Une injonction morale, ensuite : faire en sorte de ne pas regretter, plus tard, d’avoir privilégié sa carrière. Une injonction identitaire, enfin : devenir mère serait l’accomplissement naturel de toute femme.

Problème mondial

Or, les travaux du démographe Henri Leridon montrent que le report de trois à quatre ans de la première naissance depuis les années 1960 n’a qu’un effet biologique limité sur la descendance finale, de l’ordre de 0,1 à 0,2 enfant par femme. Le lien mécanique entre âge au premier enfant, infertilité et baisse de la natalité est donc largement surestimé.

Dans ce contexte, le plan sur la fertilité et la santé périnatale et maternelle, annoncé le 5 février par le gouvernement, constitue une avancée en matière de santé publique. La diffusion d’une information sur la santé sexuelle et reproductive à destination de l’ensemble des Français et Françaises à leurs 29 ans souligne ainsi que la fertilité est un enjeu partagé entre les femmes et les hommes. Elle rappelle également que des possibilités d’autoconservation des gamètes existent depuis 2021.

Il vous reste 67.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/11/le-rearmement-demographique-ne-peut-se-construire-contre-les-femmes_6666285_3232.html