En Dordogne, les premières datations radiocarbone directes de peintures pariétales

En mars, une étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences a établi les premières datations radiocarbone directes de figures pariétales à Font-de-Gaume (Dordogne), découvertes en 1901. Jusqu’ici, aucune représentation n’avait été datée à partir de sa propre matière. La grotte, qui compte environ 200 figures polychromes, est traditionnellement attribuée au Magdalénien, entre 18 000 et 16 000 ans avant notre ère. Cette chronologie repose sur des comparaisons stylistiques et des datations indirectes. Elle n’a jamais reposé sur l’analyse des pigments.

Cette limite tient à une hypothèse ancienne : les tracés noirs étaient réputés exclusivement minéraux, composés d’oxydes de manganèse ou de fer, donc inaccessibles au radiocarbone. Formulée au début du XXe siècle, cette hypothèse, admise sans vérification directe, a structuré pendant plus d’un siècle l’interprétation des sites périgourdins.

En 2020, une équipe dirigée par la physico-chimiste franco-allemande Ina Reiche a entrepris une analyse des parois combinant des technique de mesure en microscopie, de fluorescence X et d’imagerie infrarouge. En 2024, une spectroscopie d’imagerie en réflectance (RIS) a permis de cartographier plus finement la distribution du carbone. Ces examens ont révélé des tracés au charbon de bois, invisibles à l’œil nu ou confondus avec les pigments minéraux, parfois superposés aux figures connues, parfois distincts. Un article publié en 2023 dans Scientific Reports en a établi l’existence dans plusieurs secteurs de la grotte. L’organisation de ces tracés, faite de contours continus et de silhouettes partielles, exclut des dépôts accidentels. La présence de carbone organique rend possible une datation par spectrométrie de masse par accélérateur. 

Quatre microprélèvements ont été réalisés en 2024. Les échantillons, de quelques dizaines de microgrammes, ont été sélectionnés après imagerie afin de limiter toute altération.

Les analyses, conduites au laboratoire LMC14 de Saclay ont fourni les premières dates directes pour des figures de Font-de-Gaume. Ces résultats établissent une base chronologique indépendante des critères stylistiques. Ils permettent des comparaisons directes avec d’autres ensembles européens datés par radiocarbone et posent la question d’une possible stratification des interventions au sein de la grotte.

Des prélèvements ont été réalisés sur deux figures au noir de carbone, un bison et un masque (visage humain ou animal). Le bison est daté entre 13 461 et 13 162 ans. Le masque présente des écarts selon les zones analysées : 8 993 à 8 590 ans pour l’œil gauche, 15 981 à 15 121 ans pour la lèvre supérieure, 15 297 à 14 246 ans pour la lèvre inférieure. À une exception près, les résultats confirment l’âge paléolithique de l’ensemble.