Un échec cuisant : l’expérience des 80 km/h sur ces routes est déjà abandonnée par plus de la moitié des départements français, retour aux 90 km/h

Depuis 2018, les routes secondaires françaises ont vu leur vitesse maximale abaissée de 90 à 80 km/h. Cette mesure, emblématique du gouvernement d’Édouard Philippe, visait à réduire la mortalité routière et était présentée comme un moyen de sauver des vies. Pourtant, sept ans plus tard, l’expérience semble tourner au fiasco : loin d’être dissuasive, elle a généré frustration et incompréhension, entre changements constants de panneaux et ajustements locaux difficiles à suivre, et surtout, elle n’a pas produit les effets escomptés, puisque les chiffres de la mortalité routière n’ont pas baissé. Face à ce constat, plus de la moitié des départements français ont choisi d’écouter la vox populi et de revenir aux 90 km/h.

Après sept longues années, les 80 km/h d’Edouard Philippe sont jugés inefficaces : plus de la moitié des départements repassent aux 90 km/h

Dans un contexte fortement alimenté par les prochaines élections municipales, les élus locaux se tournent aussi vers les usagers de la route, en cherchant à leur offrir « un peu de soulagement sur la route ». Le retour aux 90 km/h se généralise donc : selon TF1 Info, dès lundi prochain, l’Eure deviendra le 52ᵉ département à repasser aux 90 km/h, sept ans après la décision de rabaisser la vitesse sur les routes secondaires. Si la mesure prend des allures d’un cadeau avant le grand rendez-vous électoral, c’est surtout son inefficacité qui a poussé les départements à revoir leur copie et à remplacer les panneaux.

Au fil des années, les départements, premiers témoins du quotidien des conducteurs, ont tiré un bilan mitigé. Dans certains territoires ruraux, où les transports publics sont rares et les trajets longs, l’abaissement de la vitesse n’a pas suffi à enrayer la hausse des accidents. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la mortalité sur les routes hors agglomération a continué à augmenter, passant à 3 260 décès en 2025 contre 2 810 l’année précédente, selon Capital. Si la vitesse reste un facteur aggravant, elle n’est pas seule en cause : alcool, fatigue et inexpérience contribuent régulièrement aux accidents graves, et ne peuvent être corrigés par un simple abaissement de 10 km/h.

Fini l’arbitraire des 80 km/h sur les routes : le retour aux 90 réjouit… mais coûtera plusieurs millions aussi

Face à ce constat, la décision est tombée : plus de la moitié des départements abandonnent le 80 km/h pour revenir aux 90 km/h. L’Eure, en particulier, réinstalle ses panneaux « 90 km/h » dès lundi 9 février. Selon Hervé Maurey, sénateur du département : « Le bilan n’a pas été concluant, on a très nettement constaté que cela n’avait pas réduit la mortalité sur les routes». « Le but n’est pas de rouler plus vite, mais de tenir compte des réalités locales. C’était une mesure arbitrairement décidée depuis Paris, et certaines routes ne justifiaient pas de passer à 80 km/h », ajoute, de son côté, David Lappartient, président du conseil départemental du Morbihan et président de l’Union cycliste internationale.

Si ce retour garantit plus de confort pour les usagers, il représente un coût non négligeable pour l’État, estimé entre 6 et 12 millions d’euros pour remplacer les panneaux sur 400 000 km de routes. Malgré cette dépense, pour de nombreux élus et conducteurs, la priorité reste claire : trouver un équilibre entre sécurité, praticité et acceptabilité sociale, plutôt que d’appliquer rigidement une règle nationale.

Pour résumer

Depuis 2018, la réduction de la vitesse maximale sur les routes secondaires françaises de 90 à 80 km/h n’a pas produit l’effet escompté sur la sécurité routière. Face à une efficacité limitée et à la frustration des automobilistes, plus de la moitié des départements ont décidé de revenir aux 90 km/h, à commencer par l’Eure et le Morbihan. Si cette mesure apporte un soulagement aux conducteurs, elle représente un coût important pour l’État et soulève la question de l’équilibre entre sécurité, praticité et acceptabilité sociale.

Jéthro Tissot

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