« Transformer la prison en réponse à la souffrance psychique est une impasse clinique, éthique et politique »

Alors que le gouvernement a proclamé 2025 « année de la santé mentale » et a décidé de la prolonger en 2026, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, propose de créer des établissements pénitentiaires spécifiquement destinés aux personnes incarcérées souffrant de troubles psychiatriques. Ce choix, parce qu’il inscrit la prise en charge dans un cadre carcéral, dans un contexte où la psychiatrie publique de droit commun est profondément fragilisée, place d’emblée la souffrance psychique sous une logique de gestion du risque plutôt que dans celle du soin. Il ne s’agit pas ici de nier la souffrance des prisons françaises, ni de céder à la tentation d’opposer la sécurité aux soins. Il s’agit d’expliquer pourquoi la proposition avancée constitue une entrave au principe du soin, mission essentielle d’Etat.

L’idée avancée paraît simple : regrouper ces personnes dans un même lieu permettrait de mieux les prendre en charge. Mais c’est précisément cette inversion qui pose problème. Dès lors que le cadre est pénitentiaire, la maladie mentale est traitée comme un facteur de danger à organiser plutôt que comme une souffrance à accompagner. C’est d’ailleurs une tension qui encombre chaque jour les soignants en milieu pénitentiaire, dans les dispositifs de soins psychiatriques implantés dans les prisons, comme dans les neuf unités hospitalières spécialement aménagées.

La simple phrase : « Avez-vous bien pris votre traitement ? », prononcée en prison dans un quotidien rythmé par l’enfermement, les contrôles et les mesures d’ordre risque systématiquement d’éloigner la personne détenue du soin en l’associant à ces enjeux judiciaires. Cela risque également de fragiliser l’établissement en érodant la confiance et en empêchant la mise en place d’une réelle alliance thérapeutique avec les soignants, ces derniers ayant pour mission principale l’apaisement d’une souffrance personnelle. Ce n’est pas un détail technique, c’est un choix de société.

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