
Ils s’imaginaient être des compagnons de route du président américain dans sa révolte contre l’internationalisme libéral : Nigel Farage au Royaume-Uni, Jordan Bardella en France, Alice Weidel en Allemagne, Matteo Salvini en Italie, Robert Fico en Slovaquie, Viktor Orban en Hongrie et Mateusz Morawiecki en Pologne doivent déchanter. En menaçant d’avaler tout ou partie du Groenland, territoire européen [l’île est un territoire autonome danois], Trump a brisé les illusions enfantines de ses admirateurs européens.
Ils ont réagi par le silence, des dérobades et des balbutiements. Ils ont pris conscience qu’ils n’avaient jamais été des partenaires juniors du chef d’Etat, mais seulement des jouets jetables. Et que leur affinité idéologique avec lui ne leur donnait droit à aucune considération. Normalement, une affinité idéologique implique des relations mutuelles, mais c’est ce que Trump rejette. La réciprocité lui donne l’impression d’être détrôné. Les populistes ne sont pas les seuls à s’être fourvoyés : les dirigeants européens ont commis une erreur similaire. Imaginant que Trump pouvait être apaisé, ils ont manifesté leur volonté de coopérer, de faire des concessions. Ils ont mal compris à qui ils avaient affaire. Trump ne cherche pas une coopération volontaire, mais une soumission.
Certains commentateurs affirment que l’Europe « s’est rebellée » au Forum de Davos, en janvier, et a contraint Trump à « reculer ». Encore une illusion. Son vague « concept d’accord » sur le Groenland est moins une concession qu’une nouvelle diversion destinée à semer la confusion pendant qu’il met en œuvre son plan pour prendre le contrôle du Groenland, de facto ou de jure. Non seulement il continue d’exiger « le droit, le titre et la propriété », mais il a réussi à amener les dirigeants européens à concéder la souveraineté des Etats-Unis sur le terrain où se trouve une base militaire américaine – une victoire en soi. L’idée selon laquelle les Européens auraient réussi à le faire reculer sous-estime largement à la fois l’instabilité émotionnelle de Trump et sa duplicité invétérée.
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