
Sébastien Lecornu a tiré le bilan de ses cinq mois à Matignon, rappelant qu’« il y a trois mois, tout le monde s’attendait à ce que le gouvernement tombe », et est revenu sur les discussions budgétaires au Parlement, dans un entretien accordé à la presse quotidienne régionale publié samedi 7 février. « Il existe bien une majorité pour voter des textes de compromis. Le vote du budget de la Sécurité sociale l’a montré », a-t-il notamment relevé.
Il a aussi fait part de ses critiques envers une « majorité de droite [au Sénat qui] aurait pu faire preuve de davantage de sens collectif » et au Palais-Bourbon d’une opposition de La France insoumise et du Rassemblement national qui, selon lui, « ont choisi de s’opposer ensemble au fonctionnement même du Parlement, et donc [aux] institutions ».
Quant à l’usage du 49.3 de la Constitution pour faire adopter le budget sans vote sur celui-ci, Sébastien Lecornu déclare l’avoir « fait à regret (…). Mais [il a] considéré qu’un entêtement personnel aurait privé la France d’un budget. Ce choix n’était pas confortable, mais il était devenu indispensable ». Puis il a exposé sa feuille de route sur différents sujets.
Une feuille de route énergétique dans les prochains jours
« En fin de semaine prochaine », le décret de publication de la très attendue feuille de route énergétique de la France sur dix ans sera signé, a assuré Sébastien Lecornu. L’énergie « est probablement un des dossiers les plus urgents » à traiter, ajoute le chef du gouvernement. Il justifie la prise d’un décret « en raison de l’urgence » et parce qu’il estime que « les débats ont largement eu lieu ».
Attendue depuis deux ans et demi, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), feuille de route énergétique de la France jusqu’en 2035, avait été retardée en raison de divisions politiques sur le partage entre nucléaire et énergies renouvelables.
Cette PPE s’achemine vers un ralentissement de l’éolien terrestre et du solaire parce que l’électrification de l’économie − un des leviers pour réduire les énergies fossiles − avance moins vite que prévu, selon le gouvernement. M. Lecornu confirme que six réacteurs nucléaires EPR « seront inscrits dans la PPE et huit supplémentaires en option », conformément aux promesses d’Emmanuel Macron en 2022 à Belfort.
Le gouvernement investira aussi « dans l’éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie » et l’éolien terrestre. Mais ce dernier type d’énergie « est parfois source de conflit localement, la priorité sera donc donnée à la remotorisation des parcs existants avec des turbines plus puissantes pour éviter le mitage des paysages », précise M. Lecornu. Quant au prix de l’électricité, « il n’augmentera pas en France », promet-il, grâce à une « stratégie ambitieuse d’offre ».
Vers un remaniement avant le 22 février
Le premier ministre prévoit de remanier son gouvernement « avant la période de réserve » liée aux élections municipales, soit le 22 février. « Ce sera un ajustement, les Français − et les administrations − veulent surtout de la stabilité. » La ministre de la culture, Rachida Dati, candidate aux municipales à Paris, a notamment fait savoir qu’elle quitterait le gouvernement.
Deux autres membres du gouvernement sont candidats en tête de liste : Marina Ferrari, ministre des sports, à Aix-les-Bains et Michel Fournier, ministre délégué chargé de la ruralité, aux Voivres, dans les Vosges. Pour rappel, le premier ministre est candidat à Vernon, dans l’Eure, comme en 2014 et 2020, en troisième position sur la liste de la municipalité sortante.
Interrogé par ailleurs sur le cas de Gérald Darmanin, qui nourrit des ambitions présidentielles, M. Lecornu a répondu : « La règle n’a pas changé. Les ministres doivent s’occuper de leurs ministères et des affaires de l’Etat, non pas d’affaires partisanes. C’est ce que fait Gérald Darmanin. » Interrogé sur son avenir, Sébastien Lecornu redit qu’il ne sera pas candidat en 2027.
Deux décrets pour modifier l’aide médicale d’Etat
Défendant l’aide médicale d’Etat, « un dispositif absolument indispensable d’un point de vue sanitaire », il en souhaite toutefois la réforme et annonce la signature de deux décrets paraissant au Journal officiel, dimanche 8 février : « le premier décret renforce la lutte contre la fraude, avec des perspectives d’économies de 180 millions d’euros. Le deuxième modernise enfin les systèmes informatiques de l’Etat afin que tous les fonctionnaires en charge du dossier puissent y avoir accès », avant d’envisager une modification du panier de soin du dispositif, « mais à ce stade, les choses ne sont pas prêtes ».
Le chef du gouvernement assure que « repartant de la liste des 24 pays principaux en matière de flux migratoires, [ils sont] en train de définir une stratégie sur mesure, pays par pays, qui concerne les visas, les reconduites à la frontière et les laissez-passer consulaires ». Aussi une demande a-t-elle été adressée aux ministres de l’intérieur, Laurent Nuñez, et de la fonction publique, David Amiel, de développer une application d’intelligence artificielle visant à faciliter le traitement des agents pour les demandes de visas. « Cinq préfectures sont pilotes en 2026, notamment en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France. Une généralisation est prévue pour 2027. »
Enfin sur l’Algérie, dont les relations avec la France sont fortement dégradées, « plusieurs initiatives » seront prises par le président de la République, Emmanuel Macron, « dans les prochaines semaines », a assuré Sébastien Lecornu.
Armées : la LPM à l’Assemblée « dès avril »
Sur le plan militaire, le premier ministre assure que la mise à jour (actualisation) de la loi de programmation militaire (LPM) « arrivera à l’Assemblée nationale dès avril pour être adoptée avant le discours aux armées du président de la République, le 13 juillet ». Le projet de budget 2026 prévoit 57,2 milliards d’euros pour les armées (+ 13 %), dont 3,5 milliards de « surmarche » budgétaire qui n’étaient pas prévus par la LPM actuelle. Le président avait souhaité une autre « surmarche » de 3 milliards d’euros pour 2027.
Plusieurs textes sur la décentralisation
Le projet de décentralisation, qui devait faire l’objet d’un seul texte en décembre 2025, sera en fait décliné en « plusieurs textes », pour lesquels « la concertation n’est pas terminée ». Le premier portera sur « la vie des collectivités locales, avec une cinquantaine de mesures de simplification et de clarification » et sera présenté « avant les municipales ».
Le deuxième se penchera sur « la réforme de l’Etat, la décentralisation et la clarification d’un certain nombre de compétences », et un troisième texte « spécifique, sur la simplification du millefeuille de la métropole du Grand Paris », sera présenté « après consultation » avec les différents acteurs.
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