Querelle patronale CPME/Medef au pied d’un fonds souverain

Ne m’appelez plus fonds de pension, mais fonds souverain. Faut-il croire pour autant au déblocage partiel de l’inconscient anticapitaliste des Français ? Pour sa part, le personnel politique vit toujours à l’ombre des tueurs fiscaux de “dividende”. Aujourd’hui, géopolitique aidant, il est question de souveraineté économique et du coup… de création de fonds souverains pilotés par l’État. Jusqu’à 500 milliards d’euros en 2027, a promis le RN. Qui leur expliquera que le contenu des deux types de fonds est identique ? Sous les deux formules, ce n’est jamais qu’un cocktail d’actions sélectionné en Bourse par une gestion appropriée.

L’inattendu vient d’une querelle ô combien signifiante au sein du monde patronal. Devant les sénateurs, le président new-look de la Confédération des PME, Amir Reza-Tofighi, a pris le vent : “un enjeu majeur est de créer un fonds souverain qui investisse dans l’économie française. Ce qu’on va bientôt faire entre partenaires sociaux”. Aussitôt le Medef et l’Union des entreprises de proximité (U2P), en date du 12 février, ont torpillé la proposition : “elle ne répond pas à l’exigence d’indépendance qui doit régir le paritarisme. Un fonds souverain suppose un cadre stratégique, juridique, financier, impliquant une gouvernance stricte”. La lutte entre capital et travail continue.

“Faute de fonds de pension, les investisseurs étrangers détiennent la moitié du CAC 40”

En 2003, Alain Madelin, alors député UMP d’Ille-et-Vilaine, publiait ‘Quand les autruches prendront leur retraite’. L’ancien ministre voulait permettre aux salariés d’effectuer en franchise d’impôt des placements à long terme sous forme de fonds de pension. À Matignon, le socialiste Lionel Jospin s’y était fermement opposé. Depuis des décennies, l’oukase perdure. Et faute de fonds de pension, les investisseurs étrangers détiennent la moitié du CAC 40.

Le glissement sémantique actuel vers un financement “souverain” des entreprises n’est qu’un cache-misère. Chacun doit comprendre qu’une France déficitaire souffre d’un déficit d’épargne, que le capital disponible est déjà placé, et surtout que la priorité est au renforcement de la rentabilité des entreprises sans tropisme taxateur. La casquette “fonds souverain” ne change rien à ces réalités.

Jean-Michel Lamy

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